Ouvrir le menu principal

Page:Revue des Deux Mondes - 1848 - tome 22.djvu/786

Le texte de cette page a été corrigé et est conforme au fac-similé.


l’épreuve des élections régulières d’où elle vient de ressortir. Le nombre de ceux qui désiraient la réalisation immédiate du système républicain est évidemment réduit ; ceux qui auraient voulu formuler immédiatement ce désir par des actes de violence ont presque tout-à-fait disparu : la question une fois posée entre la république et la monarchie constitutionnelle, il y aurait à peine la dixième partie des quatre cents membres présens qui voterait pour la république. Cette recrudescence de modération irait même, dit-on, chez certains jusqu’à vouloir conserver de l’ancien ordre fédéral beaucoup plus que la raison ne permet d’en garder. Il y aurait une masse quelconque de députés qui, dans leur attachement opiniâtre pour leur patrie propre, refuseraient d’en sacrifier l’indépendance particulière au bénéfice de la grande patrie commune. Les discussions qui vont s’ouvrir révéleront bientôt toutes ces dissidences ; la constitution proposée par les dix-sept appellera nécessairement la lutte.

Voilà maintenant un mois que le projet rédigé par M. Dahlmann a été publié : la controverse s’en est assez vite emparée pour que tout le monde en connaisse les bases. Il repose sur une seule idée : élargir le cercle des attributions dites impériales, afin que le pouvoir qui les exercera en use avec plus d’efficacité pour faire respecter l’autorité du nom allemand au dehors, la liberté des peuples allemands à l’intérieur. Le pouvoir impérial, dans la pensée du législateur et selon le vœu de l’opinion, n’est donc autre chose que la garantie qui assure à la fois et le rang de la nation en Europe et les droits fondamentaux du citoyen chez lui ; mais à quelle main confier ce pouvoir impérial ? de qui doivent relever la paix et la guerre, la haute administration et la haute juridiction sur tous les territoires germaniques ? Comment, d’autre part, concilier ce pouvoir avec la perpétuité des dynasties existantes, avec l’intégrité des gouvernemens particuliers, avec les intérêts dissidens des états souvent rivaux ? Comment obvier aux prétentions et remédier aux jalousies ? C’est là l’immense problème à résoudre ; la question électorale, la question parlementaire, toute l’organisation du pouvoir législatif et délibérant n’est rien à côté de cette terrible question du pouvoir exécutif. Les dix-sept se sont prononcés : ils demandent un empereur héréditaire qui serait présenté par les princes allemands à la sanction de la constituante et qui résiderait à Francfort. Le projet des dix-sept ne s’explique pas sur la situation de l’empereur vis-à-vis de ses propres états au cas où il serait prince régnant, mais il établit soigneusement combien il est nécessaire de lui donner l’hérédité. Or, si le prince désigné pour fonder la, dynastie impériale était déjà très considérable par lui-même et par l’étendue de ses étais personnels, il serait bien difficile que, cette double hérédité se mêlant sur une même tête, les états personnels ne comptassent point par excellence comme états impériaux. Ainsi le roi de Prusse, empereur allemand, aurait beau résider à Francfort, sa bonne ville de Berlin garderait toujours grande chance de passer pour la capitale de l’Allemagne. Cette perspective ne fâcherait peut-être pas M. Dahlmann, qui est fidèle Prussien ; mais elle ne saurait plaire à tout le monde : aussi les contre-projets abonderont.

Les uns voudraient un empereur électif, comme au temps du régime féodal,