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Page:Revue des Deux Mondes - 1848 - tome 22.djvu/699

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— À bon entendeur demi-mot, reprit Campos ; c’est bien, je suis à vous.

Les conditions du duel furent aussitôt débattues, et avec un calme, une dignité que je n’attendais pas des deux adversaires. Ni le pilote ni Calros ne daignèrent faire la moindre allusion aux événemens de la nuit. C’était d’un duel à mort qu’il s’agissait, et dans ce moment solennel toute récrimination était oiseuse. Le rendez-vous étant pris et accepté, Campos s’éloigna pour aller recruter ses témoins, et nous nous dirigeâmes vers l’endroit désigné. Je marchais en arrière avec Calros, taciturne et sombre.

— Quoi qu’il arrive, me dit-il à voix basse, que je meure ou que je reste vivant, vous n’aurez plus de message à remplir, elle ne doit plus entendre parler de moi.

Après un quart d’heure de marche environ dans une direction opposée au lit de la rivière, nous arrivâmes sur les bords d’un de ces bassins marécageux si communs dans certaines parties du Mexique. D’un côté de ce petit lac s’étendait une ceinture d’arbres ; de l’autre s’élevaient, comme une falaise, de hauts médanos d’un sable fin et mouvant, qui d’un jour à l’autre devaient combler, en s’éboulant, la lagune qu’ils entouraient. C’est là que nous attendîmes la venue de Campos et de ses témoins. Calros arpentait le terrain en proie à une impatience fiévreuse, car le Jarocho n’était pas de ces amans langoureux prêts à se laisser arracher la vie pour échapper au supplice d’une amère déception. Il était fils d’une caste féroce dont les joies comme les douleurs veulent être excitées ou adoucies par le sang. Un bruit de pas et de voix ne tarda pas à annoncer l’approche de celui qu’on attendait. Les préparatifs du combat ne furent pas longs. Le terrain mesuré, le soleil partagé, les deux adversaires furent mis face à face. J’entendis le signal, j’entendis, le cœur serré, le choc des deux fers ; j’avais détourné la tête, mais, à un cri qui fut poussé, un mouvement irrésistible ramena mes regards vers les combattans. Un homme venait de s’élancer sur le sommet des dunes : il brandissait un tronçon de machete, et le sang ruisselait de son flanc sur le sable : c’était Campos. Sa fuite avait été si rapide, que son adversaire était encore immobile à sa place. Un des témoins s’approcha pour prêter à Campos une arme en remplacement de celle qui s’était brisée dans sa main ; mais il vint trop tard. Campos, épuisé par l’effort qu’il venait de faire, chancela, puis s’affaissa sur le sable. Un moment il voulut se retenir sur la pente du talus ; mais le terrain mobile s’éboula sous ses mains crispées, et le malheureux, après quelques instans d’une lutte horrible, alla rouler dans le lac au milieu d’une avalanche de sable.

Il ne restait plus qu’à protéger la fuite de Calros ; nous quittâmes en