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Page:Revue des Deux Mondes - 1848 - tome 22.djvu/685

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des bois de Boca-del-Rio. Les arbres l’eurent bientôt dérobé à ma vue, et je ne songeai plus qu’à découvrir à mon tour, au milieu des lianes et des taillis, l’étroit sentier qui aboutissait au village. Comme j’avais lieu de l’espérer, une fois sous le couvert des arbres et abrité contre la furie du vent, je pus cheminer plus à l’aise. A mesure que je m’enfonçais dans le bois, le bruit des vagues allait en diminuant. Je marchai une heure environ sous des voûtes épaisses de verdure au milieu d’une obscurité complète, et ce fut presque avec regret que j’aperçus de nouveau, par une éclaircie, la ligne d’écume qui annonçait la mer. J’allais arriver au village de Boca-del-Rio, ainsi nommé de sa situation près de l’embouchure d’une rivière ; mais, au sortir du bois, un spectacle trop intéressant m’attendait sur la plage, pour que je ne me décidasse pas à faire une courte halte.


II

En dépit de la violence de la tempête, toute la population de Boca-del-Rio allait et venait sur le rivage, tous les yeux étaient fixés sur la nappe bouillonnante d’écume dont l’éclat phosphorescent contrastait avec la teinte sombre du ciel. Aucun bâtiment n’était cependant en vue ; une détonation lointaine avait seule annoncé qu’un navire était en détresse et qu’il demandait un pilote. Par une nuit semblable, il était évident qu’à moins d’un miracle, ce navire ne pouvait se maintenir près de la côte sans finir par s’y briser. Toutefois, comme on n’avait pas entendu un second coup de canon, on espérait que le bâtiment exposé à la tempête aurait pu s’éloigner. D’ailleurs, un pilote parti le matin, avant que le vent du nord commençât à souffler, avait dû.monter à son bord, et l’expérience consommée de ce marin rassurait quelques esprits. Un petit nombre de spectateurs seulement s’obstinaient à regarder le navire comme perdu. Voilà ce que les conversations qu’échangeaient entre eux les divers groupes m’eurent bientôt appris.

Calros était parmi les curieux réunis sur la plage, et je l’eus vite reconnu. Au moment où il achevait de me donner quelques détails sur le sujet des préoccupations générales, une seconde explosion, et cette fois plus distincte, arriva jusqu’à nos oreilles. Un éclair précéda bientôt une troisième détonation, et au bout de quelques secondes on put distinguer la masse noire du vaisseau qui s’avançait à sec de voiles, avec autant de rapidité que s’il eût été couvert de toute sa voilure. Le bâtiment semblait ne pouvoir échapper à sa perte ; cependant, disait-on autour de moi, une chance de salut lui restait : il fallait qu’il parvînt à s’engager dans un canal voisin du lieu où nous étions pour venir ensuite échouer sur le sable le plus doucement possible, tandis que,