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Page:Revue des Deux Mondes - 1848 - tome 22.djvu/68

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Si le nouveau budget était établi sur ces bases, je ne doute pas que la France, cette grande et forte nation, ne réparât en peu de temps la brèche que la révolution de février a faite à son crédit, et ne s’avançât même avec plus de puissance que jamais vers des progrès nouveaux. Bien entendu que je suppose en même temps la paix extérieure, l’ordre matériel, la sécurité de la propriété, tous les biens primitifs et essentiels, sans lesquels il n’y a rien ; mais la république n’est pas exclusive de ces biens par son essence. La république, comme on l’a dit avec raison, c’est tout le monde, c’est la réunion, la fusion intime de tous les intérêts. D’après les précédens de la révolution, rien n’autorise à croire que la nouvelle république commette les mêmes violences que l’ancienne ; tout permet, au contraire, de supposer, si l’ordre se rétablit dans les finances, que la société reprendra son cours naturel. S’il en est ainsi, la république, au lieu d’être une cause de ruine, peut être une source féconde de richesses, car rien n’égale en puissance de production la mise en valeur de toutes les facultés et le respect des droits de tous.

Je suis loin de prétendre qu’il n’y ait pas d’autre budget à faire que celui dont j’ai tracé les principaux traits. Je sais que d’autres idées sont éveillées, qu’il est question d’une exploitation générale des chemins de fer par l’état, de la suppression de la dotation du clergé, de la création d’un vaste système d’assurances publiques, etc. Je n’ai pas à m’expliquer sur ces idées, qui ont leur pour et leur contre, pas plus que sur beaucoup d’autres. J’ai voulu seulement montrer que le budget de la république était possible sans banqueroute, sans emprunt forcé, sans imposition extraordinaire. Ce que je demande surtout, c’est que ce budget, quel qu’il puisse être, soit présenté le plus tôt possible ; c’est que la propriété, le commerce, l’industrie, sachent au plus vite à quoi s’en tenir. L’incertitude est, je le répète, favorable aux vagues terreurs, aux souvenirs affreux ; on craindra tout tant que rien ne sera nettement formulé, et c’est la crainte universelle qui fait aujourd’hui tout le mal.


LEONE DE LAVERGNE.