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Page:Revue des Deux Mondes - 1848 - tome 22.djvu/668

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il n’en faut pas moins pour avoir une idée juste de l’étendue et de la variété de ses fonctions. Il faut reconnaître qu’il y a dans l’antagonisme de toutes ces attributions, égales ou rivales de la royauté, dans cette confusion des pouvoirs politique, militaire, judiciaire, réunis sur une seule tête, des hérésies qui s’accordent assez mal avec les principes que la raison moderne regardait, hier encore, comme la base fondamentale de tout bon gouvernement. Sans doute plusieurs de ces prérogatives sont tombées en désuétude avec les événemens qui les avaient motivées : aucune cependant n’a été formellement et légalement abrogée, et on peut voir que plusieurs sont postérieures aux diètes de 1687 et de 1723, qui, en déclarant la couronne héréditaire dans la maison d’Autriche, ont mis fin à la lutte entre les deux nations.

De telles attributions, si étendues et si vagues, par cela même si redoutables ou si vaines, ne se définissent que par l’homme qui les remplit ; tant vaut l’homme, tant vaut la place. Il ne faut pas une vue politique très pénétrante pour comprendre qu’un palatin est sans cesse exposé ou à méconnaître ses devoirs vis-à-vis de la Hongrie, dont il doit être le protecteur, le médiateur, ou à oublier que sous ces apparences pompeuses, sous ces pouvoirs illimités, que pourraient envier des rois absolus, il n’est au fond autre chose, aux yeux du gouvernement dont il relève à Vienne, qu’une sorte de gouverneur-général, chargé de faire exécuter les décisions de la chancellerie. La servilité, ou une résistance qui peut facilement arriver à la rébellion, voilà le double écueil.

Personne ne sut mieux que l’archiduc Joseph satisfaire à ces devoirs souvent opposés. Les situations compliquées sont difficilement nobles, parce que la noblesse de l’ame est dans l’unité. L’esprit, surtout s’il est subtil, nuit plus qu’il ne sert ; en analysant et en comparant chaque devoir, on arrive à les affaiblir tous. L’esprit nous égare à travers d’obscurs défilés, sur lesquels la passion du moment jette une lumière changeante et douteuse ; c’est un sophiste aux gages de notre intérêt. Les caractères simples, au contraire, se montrent dans toute leur grandeur. Ils ne regardent que le but, et y marchent par la droite voie, sans se douter des obstacles. On l’a dit, la vertu la plus sûre est celle qui ignore même le danger des tentations, et la plus belle victoire est celle qui se remporte sans combat.

Le palatin Joseph avait ainsi marché. Son ambition, car il en avait, était satisfaite par la grandeur et l’étendue de la mission qu’il s’était donnée ; il pouvait faire autant de bien que le souverain, peu lui importait sous quel titre. Jamais une pensée coupable n’avait traversé son ame ; jamais il n’avait entendu à son oreille les mots de Macbeth :

All hail ! Macbeth, that shalt be king hereafter.

Il était resté le premier sujet de l’empereur. Cinquante ans de règne en Hongrie, sous le nom de palatin, n’avaient rien changé à la respectueuse