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Page:Revue des Deux Mondes - 1848 - tome 22.djvu/661

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veraineté spirituelle, réunies en une même personne sur la chaire apostolique, devaient tôt ou tard lutter l’une contre l’autre du moment où la question de la nationalité italienne s’engageait par les armes. Le prince italien ne pouvait manquer de concourir de tous ses efforts à la délivrance de la patrie commune ; il était l’ennemi naturel des étrangers. Fussent-ils des étrangers par la race et par la langue, le saint-père ne pouvait voir des ennemis dans une portion quelconque de ses enfans catholiques. C’est du fond de ces perplexités que sont sorties et la récente allocution pontificale et cette menace presque ouverte d’excommunication suspendue sur la ville de Rome. Pie IX le bien-aimé est aujourd’hui prisonnier de ses sujets, et l’on ne sait encore comment se dénouera ce drame étrange. Le sénat romain gouverne à sa place et lui demande avec des instances intraitables une diète italienne dont il lui offre pourtant la présidence. Qu’arrivera-t-il si le prêtre ne cède pas à temps dans cette pieuse nature et ne sauve pas le monarque en abdiquant la prérogative du droit absolu ? Rome aura donc bientôt une diète italienne à côté du futur parlement romain ? Voir celui de Turin qui ouvre sa première session. Le monde change à vue d’œil.

La malheureuse Pologne est la seule dont le sort ne change pas. D’après les dernières nouvelles, l’empereur Nicolas arrivait à Varsovie, et Mieroslawski se rendait à discrétion lui et sa troupe à l’armée prussienne de Posen. Le 7 mai, tout aurait été fini dans le grand-duché. Nous aurons occasion de parler longuement de ce douloureux martyre ; l’assemblée nationale avisera sans doute demain aux moyens les plus efficaces que la France puisse employer dans des circonstances si difficiles ; le cœur de M. de Lamartine nous répond d’avance que tout sera fait qui pourra l’être. Il nous semble impossible qu’une démarche solennelle de la république française auprès de l’Allemagne émancipée ne provoque pas de résolutions salutaires en faveur de cette noble cause d’une nation qui a tant osé pour ne pas périr. Il faut seulement savoir que les susceptibilités et les prétentions germaniques auront beaucoup à se vaincre pour extirper du sol affranchi de la patrie allemande les dernières traces du démembrement de la Pologne. Mais quoi ! l’Autriche s’organise en état constitutionnel ; l’Allemagne entière va délibérer dans un même parlement sur la création d’un pouvoir central émané du vœu populaire ; la sève vigoureuse de la liberté afflue dans toutes les veines de ce grand corps national : l’Allemagne serait-elle digne de cette régénération qui se prépare, si, en secouant pour son compte le linceul du passé, elle s’obstinait à l’étendre sur les autres ?

L’Autriche, en particulier, s’éveille avec une énergie assez originale pour étonner tout le monde. Vienne chassait hier M. de Fiquelmont, comme elle chassait au mois de mars M. de Metternich. La révolution ne se fait pas seulement dans la rue ; elle s’écrit tout au long dans les actes officiels. Le simple résumé de ces actes donne en quelque sorte le vertige. Le 14 mars, une déclaration du docile et débonnaire César annonce que les états de l’empire seront assemblés autour du trône, « pour apporter leurs conseils dans les questions législatives et administratives. » Le lendemain, nouvelle déclaration : « Nous demandons le concours de nos fidèles états pour la constitution que nous avons résolu d’accorder à la patrie. » Puis, grands remerciemens des bourgeois de Vienne, criant Vive notre empereur constitutionnel ! Suit presque immédiatement la formation