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Page:Revue des Deux Mondes - 1848 - tome 22.djvu/656

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sont très jaloux de ces droits-là et du légitime bénéfice qu’ils rapportent, si jaloux qu’ils laisseraient peut-être l’ennemi plutôt que de guerroyer en simples soldats. Nous les supposons maintenant une bonne fois rassurés sur la possession de leur commandement ; ne seront-ils pas à la fin bien aises de rencontrer auprès d’eux des auxiliaires intelligens, et qui sait ? comme ils n’ont pas été nourris dans la connaissance très intime des grandes affaires, comme ils sont déjà doués par leur âge d’une maturité trop respectable pour se résigner à bien apprendre, comme ils se piquent par-dessus tout d’un certain patriotisme qui donne beaucoup de dispenses, il ne serait pas impossible qu’ils acceptassent un jour ou l’autre l’alliance utile et désintéressée des anciens amis qu’ils avaient dans l’opposition constitutionnelle. Ceux-ci sentent bien que la pourpre consulaire n’est plus leur fait, et tout ce qu’ils demanderaient par amour pour l’art, ce serait qu’on ne la portât pas trop mal. Ils y pourraient aider discrètement plus d’un consul d’aujourd’hui, et, malgré toutes les déclarations d’amitié qui réunissent en faisceau si harmonieux nos cinq directeurs, nos dix ministres, nos quatre sous-secrétaires d’état, nous sommes convaincus que cette alliance serait beaucoup moins lourde aux républicains dont nous parlons que l’alliance officielle sous laquelle ils s’inclinent sentimentalement.

Il y aurait bien des gens à qui cette sage entente causerait un médiocre plaisir, et, sans aller plus loin, nous pourrions citer tout de suite les membres du second groupe que nous avons indiqué, les continuateurs du parti catholique. Ceux-ci se retrouvent, dans la nouvelle assemblée, bien plus en force qu’ils ne l’étaient au Luxembourg. Le banc des évêques, que la royauté n’osait pas encore rétablir au sein de la pairie, est sorti tout d’une pièce de l’urne immense du suffrage universel. Les évêques sont même suffisamment accompagnés. Nous acceptons de grand cœur l’avènement politique d’un ordre si essentiel de citoyens français. Leur présence, loin de nous inquiéter comme elle l’eût fait du temps où ils usaient sans scrupule des influences aujourd’hui tombées, leur présence éclatante dans ce parlement populaire nous est un sujet de satisfaction et de sécurité. Nous serons pourtant, nous l’avouons à la honte de notre esprit pusillanime, nous serons bien plus rassurés encore quand nous aurons la précieuse certitude que les représentans ecclésiastiques ou laïques auxquels nous faisons allusion n’emploieront pas le crédit purement spirituel qu’ils ont sur les consciences à se former un parti trop purement temporel. Nous convenons d’ailleurs qu’il y a bien des raisons pour détourner à temps toute entreprise de ce genre du but qu’elle viserait. Nous mentionnons la principale, c’est l’hétérodoxie cachée qui ne manquerait point d’éclater et de dissoudre la petite armée théocratique du moment où elle se mettrait en campagne. Aussi, quand nous en faisons ici le dénombrement, nous sommes bien plus attirés par la diversité originale des physionomies que par l’importance actuelle de l’ensemble. M. Bautain, M. Lacordaire, M. Buchez, seront toujours, quoiqu’ils s’en défendent, des orthodoxes assez suspects. Le premier est trop métaphysicien, le second trop orateur, le troisième est un chef d’école ; toute école, en religion, frise de près le schisme. M. Bautain s’est jusqu’ici renfermé dans un silence très absolu ; ses récentes prédications à Notre-Dame ne l’ont pas suffisamment édifié sur les chances de succès oratoire qui lui sont réservées. Si nous ne nous trompons cependant, M. Bautain et M. l’évêque de Langres sont les deux membres du