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Page:Revue des Deux Mondes - 1848 - tome 22.djvu/645

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exemple pourrait être imité par l’Académie de peinture et de sculpture. Très probablement ses jugemens n’en seraient pas modifiés d’une manière sensible ; il y aurait cependant une chance de plus pour que les lueurs d’originalité qui paraîtraient dans les ouvrages de quelques concurrens fussent appréciées et encouragées.

Les plus importans de ces concours, ceux qu’on appelle les grands prix, décident en quelque sorte de la destinée d’un artiste. C’est aussi sur ce point que portent principalement les réclamations des réformateurs.

Quelques mots d’abord pour faire connaître le système actuel et ses résultats.

Après une série d’épreuves préparatoires destinées à faire connaître le degré d’instruction des élèves, les concurrens, architectes, peintres d’histoire, paysagistes, sculpteurs, graveurs en taille-douce, graveurs en médaille et musiciens, qui justifient d’être âgés de moins de trente ans, reçoivent un programme rédigé par l’Institut, et, renfermés dans des ateliers séparés, qu’on nomme loges, ils exécutent, sans communications avec le dehors, dans un temps fixé, une composition sur ce programme. L’Académie des Beaux-Arts décerne les prix. L’artiste qui est nommé le premier est pensionné, pendant quatre ou cinq ans, par le gouvernement. Les peintres d’histoire, les sculpteurs et les graveurs en taille-douce sont envoyés à l’Académie de France à Rome, où, pendant cinq années, ils sont nourris et logés et reçoivent une indemnité mensuelle de 75 fr. — Les architectes passent quatre ans à l’Académie, et la cinquième année, sur leur demande, peuvent être envoyés à Athènes. — Les musiciens demeurent deux ans à Rome, puis voyagent pendant une autre année en Allemagne. Leur pension leur est continuée pendant deux années encore à Paris. — Les paysagistes et les graveurs en médaille ne jouissent de la pension que pendant quatre ans. J’oubliais de dire qu’avec la permission du directeur, tous les pensionnaires peuvent voyager en Italie, avec leur indemnité de 75 fr., et que les frais de leur voyage à Rome et de leur retour à Paris leur sont payés à raison de 600 fr. pour chaque voyage.

Voilà l’état de choses actuel qui est l’objet de bien des critiques. Elles portent sur l’âge des concurrens, l’époque des concours, le voyage en lui-même et le séjour à l’Académie de France. J’examinerai successivement ces différentes questions ; mais d’abord, partant des principes que je proposais tout à l’heure, je demanderai pourquoi il y a un grand prix de paysage ? On a beau l’appeler paysage historique, ce n’en est pas moins de la peinture de genre. Observons que tous les grands peintres ont été paysagistes, quand ils l’ont voulu. Je n’ai nullement l’intention de rabaisser un art qui a créé des chefs-d’œuvre. Il me semble seulement qu’il n’a pas besoin pour exister d’être encouragé par le gouvernement comme la peinture historique. Rien de mieux que d’accorder