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Page:Revue des Deux Mondes - 1848 - tome 22.djvu/642

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mot, ne peuvent exister qu’avec l’appui constant de l’administration. Il n’y a qu’un prince ou qu’une république qui puisse payer et loger la Transfiguration ou les Noces de Cana.

C’est aussi pour la peinture et la sculpture historiques que je réclame toute la protection du gouvernement ; mais il ne s’ensuit pas qu’elle doive être accordée sans discernement, et que bon ou mauvais un tableau, un bas-relief, dès qu’il sera d’une certaine grandeur, doive être acheté par l’état. Au contraire, et précisément parce qu’il s’agit de l’argent de l’état, il faut apporter le soin le plus scrupuleux à n’en faire qu’un bon emploi, à ne donner place dans nos musées ou nos monumens publics qu’aux ouvrages d’un mérite incontestable.

Je ne crois pas être injuste pour la peinture et la sculpture de genre en les abandonnant entièrement à la protection des amateurs. Vienne un Van-Dyk, un Terburg ; ils trouveront facilement renommée et fortune. D’un autre côté, pourquoi encourager à faire de mauvais portraits ou de méchantes statuettes ? Il y aura toujours de bons bourgeois qui empêcheront la médiocrité de mourir de faim.

En résumé, voici les principes que je voudrais voir adoptés par le gouvernement :

1° Encourager et faciliter l’éducation des artistes ;

2° Récompenser le talent qui s’exerce dans un genre difficile et qui travaille surtout pour la gloire du pays ;

3° Abandonner la médiocrité.

Peu de pays possèdent des institutions aussi libérales que les nôtres pour l’éducation des artistes. Presque toutes nos grandes villes ont des écoles de dessin et même de peinture, sculpture et architecture. Paris en compte deux très importantes, l’École gratuite et l’École des Beaux-Arts. La première a surtout pour objet de former des dessinateurs pour l’industrie. Dans la seconde, on enseigne tous les arts du dessin, et de nombreux professeurs y font des cours accessoires qui permettent aux jeunes artistes de se livrer à toutes les études nécessaires à leur complète instruction.

Quant à présent, je ne pense pas qu’il y ait de grandes améliorations à introduire dans l’enseignement de ces deux écoles ; qu’on nous permette seulement d’indiquer ici deux lacunes qu’il serait facile sans doute de faire disparaître.

Il existe à l’École des Beaux-Arts un cours d’histoire, considérée surtout à son point de vue le plus important pour les artistes, les mœurs et les costumes. Pour donner à cet enseignement tout l’intérêt qu’il peut offrir, je voudrais qu’on augmentât, ou, pour mieux dire, que l’on fondât la bibliothèque de l’École des Beaux-Arts. Il faudrait pouvoir mettre sous les yeux des élèves un grand nombre de dessins et de gravures. Les importantes publications auxquelles souscrivent les ministres