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Page:Revue des Deux Mondes - 1848 - tome 22.djvu/634

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livres prohibés ; on fouille les cachettes du protestantisme ; on dresse les listes de suspects. L’opinion dans ses violences procède toujours de la même façon ; les mots même se ressemblent : « on dressera listes de ceux qui ont fait naître aucuns soupçons ; les maisons des bourgeois qui auront donné asile aux réformés seront confisquées. » - La ligue de Paris n’a pas de succursale plus fervente que Chartres, où la douceur des mœurs tempère la ferveur religieuse. Le 25 juin 1562, on met cent cinquante et un « suspects d’hérésie à la porte de la ville, de grand matin, le plus discrètement du monde, dit le registre, et au moindre scandale possible. » Deux conseillers, deux avocats, deux gens d’église partent ainsi « le matyn, » comme malfaiteurs de la foi. Le sieur de Saulcieux, un noble italien, plusieurs gentilshommes, « tous malsentans, » se réunissent encore en conciliabule et tiennent des prêches ; les moines de Saint-Père-en-Vallée s’émeuvent et les échevins s’assemblent. Il faut évidemment « entreprendre un voyage en cour » et demander aide à sa majesté ; — ce que l’on ne manque pas de faire.

Comme ailleurs, la noblesse penchait à la révolte huguenote. Le bas-peuple était catholique jusqu’au fanatisme, le bourgeois zélé, l’échevin tolérant. En vain M. Jean de Montescot et M. Jehan de Beaucoucher, l’un maître des requêtes, l’autre conseiller au présidial, obtinrent lettres-patentes du roi pour rentrer dans Chartres, dont ils avaient été chassés, parce que « les demoiselles leurs femmes, » Anne Maceas et Anne de Montescot avaient assisté aux prêches. On les mit de nouveau et sans pitié dehors le 20 octobre 1562. Les chanoines et le chapitre ne stimulaient pas la persécution ; c’était le peuple lui-même dont les magistrats étaient forcés de contenir la fougue véhémente. Le père Legay jacobin et l’abbé Charpentier chanoine de Notre-Dame étant montés dans leurs chaires respectives, et s’y étant montrés aussi furibonds que les ligueurs de Paris, Rose et Feu-Ardent ; — le légat du pape s’étant permis les mêmes invectives, — nos bons échevins enjoignirent à ces messieurs « de se contenir dans l’explication de l’Évangile dores en avant. »

Ce caractère de prudence et de tolérance n’est pas méprisable et se concilie fort bien avec l’énergie de la résistance. Mme la duchesse de Chartres en sut quelque chose, quand elle s’avisa d’établir des prêches calvinistes dans la cité.

(1563.) « Lorsque Mme la duchesse de Chartres vint à Chartres, en 1566, on nomma des commissaires pour lui dire qu’ils ne sont transportés ni requis (les doyen, chanoines et chapitre de l’église Notre-Dame de Chartres) d’aller ou envoyer par devers madite dame et lui faire plainte des presches publiques qui ont été faites le jour d’hier en cette ville. Mais lorsqu’elle fut partie, on ordonna qu’un de MM. les échevins, avec un du chapitre, allât faire remontrance au doyen et à la reine-mère sur les presches qu’on a fait pendant le séjour de