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Page:Revue des Deux Mondes - 1848 - tome 22.djvu/630

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On crée un gouverneur des pauvres, un receveur général des aumônes ; l’évêque donne huit muids de grains ou des sommes équivalentes, et l’on demande à Paris, à Tours, à Orléans, leurs avis et exemples ; la confrérie de la Passion indique nettement la création d’ouvroirs populaires. On emploie les pauvres « marauds » à curer les mares, paver les rues, enlever les immondices et nettoyer les buots ou conduits d’eau. Dans la ville gauloise ; l’activité est devenue vive et ardente, les offices publics sont très recherchés, depuis celui du valet de la ville qui postule sans cesse pour qu’on lui achète une robe et des chausses nouvelles, aux couleurs de la localité, vert et rouge, jusqu’à celui de M. le prévôt qui a un grand et interminable procès avec M. le bailli pardevant le tribunal de Paris, au sujet de la prééminence et présidence des assemblées générales. M. l’avocat de la ville plaide aussi contre M. le bailli : celui-ci est accusé d’avoir, ainsi que ses gens, offensé M. Regnault de La Troyne par des paroles injurieuses et scandaleuses ; de là nombreuses plaidoiries. Un autre avocat voulant s’asseoir sur les bancs de la chambre à côté d’un chanoine de l’église de Notre-Dame, celui-ci se courrouce et refuse d’admettre les droits du nouveau voisin à cette place. A lire ces événemens intérieurs, on se croirait en Normandie. Du reste, les familles que j’ai nommées apparaissent dans la personne de plusieurs de leurs membres dans les charges de la ville ; MM. Jean, Guillaume, Estienne, Michel et Alexandre Aligre sont procureurs aux négoces, grenetiers, gros marchands, échevins, etc.. Le plus occupé de tous est Michel Egasse, « lieutenant du prévôt des maréchaux des duchés et bailliages de Chartres, Estampes, comtés de Montfort l’Amaury, Dreux, Dourdan, bailliage de Mantes ; » il adresse aux magistrats des requêtes continuelles pour obtenir de nouveaux écus et de nouveaux archers.

Si l’on trouve aisément des receveurs et prévôts, il n’est pas du tout facile de trouver des échevins. Le sieur Estienne et le sieur Drouyn s’en excusent, alléguant, l’un qu’il ne pourra remplir cette charge sans scribe, puis qu’il ne sait ni lire ni écrire ; l’autre, qu’il est sourd, maladif et âgé de 72 ans. Ils ont beau faire, on les y force, ainsi que Jean Lambert :

(1574, 5 octobre.) « Assemblée en laquelle, quoique Jean Lambert, élu depuis peu échevin, ait voulu être déchargé de cet état au soutien d’un procès-verbal de visite de son corps fait par des médecins, chirurgiens et apoticaires qui constatent de ses infirmités, il est ordonné qu’il exercera ladite charge d’échevin en la ville seulement, sans qu’il soit tenu d’aller aux champs pour les affaires d’icelle, à quoi ledit Lambert a dit qu’il persistoit dans sa remontrance, et qu’il appelleroit de cette ordonnance, nonobstant lequel appel et sans préjudice d’icelui, il est ordonné qu’il sera passé outre, et qu’il sera contraint de faire