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Page:Revue des Deux Mondes - 1848 - tome 22.djvu/625

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le collège. Cela ne se termina certainement pas sans quelques procès ; mais on s’en tira, et nous lisons dans les archives de la ville

(1572, 28 mai.) « MM. Troilard et Robert, échevins, ayant présenté une requête au nom de la ville à MM. les doyens, chanoines et chapitre, afin de permettre aux habitans de Chartres de faire édifier la chapelle excommencée au collége donné auxdits habitans par M. Jean Pocquet et femme, pour y célébrer le service divin suivant ce qui est pratiqué dans tous les collèges pour la commodité des écoliers, et de leur donner permission d’y faire célébrer messe, n’ont eu aucune réponse sur leurdite requête ; pourquoy il est ordonné qu’ils requerront derechef ledit chapitre d’y répondre et de leur donner cette permission, qui est dans leur pouvoir, signée de l’un des notaires dudit chapitre. Et en cas de refus, sera par les députés, puis un, acte par-devant un notaire royal, afin d’y pourvoir comme de raison. »

(1572, 4 septembre.) « Il est ordonné qu’on publiera, aux prônes des messes paroissiales de la ville et fauxbourgs, qu’on fait à savoir à tous pères et mères ayant enfans de les envoyer au collège Pocquet, s’ils veulent qu’ils soient instruits et enseignés ès-lettres, leur faisant défense de les envoyer ailleurs, sous peine de désobéissance, à l’exception de ceux qui sont pour apprendre leur A, B, C, psaumes et matines. Et à ce qu’on puisse faire distinction des classes dudit collège, pour connoitre la capacité desdits enfans, est enjoint aux pères et mères et autres chargés d’iceux de les mettre ou envoyer dans la quinzaine pour être lesdits enfans interrogés par le principal et régent dudit collége Pocquet. — Défenses à tous régens, maîtres d’école, gens d’église et autres faisant état d’instruire des enfans en leurs maisons, de faire dorénavant ces exercices sans les envoyer au collège Pocquet, sous peine d’amende arbitraire, à l’exception des petits enfans qu’ils peuvent instruire jusqu’aux principes de grammaire ; enjoint auxdits maîtres d’école qui ont des enfans en pension de les mener et conduire au collège Pocquet. »

Pourquoi donc le collége de Chartres ne s’appelle-t-il plus le collége Pocquet ? Maître Jean Pocquet et sa femme étaient d’honnêtes personnes qui aimaient le pays et méritaient que l’on se souvînt d’eux ; j’aurais volontiers gardé le nom et le souvenir du collège Pocquet. L’ingratitude ne porte bonheur à personne ; quand les peuples veulent un avenir, le moyen d’assurer cet avenir, c’est de profiter du passé. Quelle sottise, quelle folie de médire des vertus d’autrefois, sous prétexte de les remplacer pur des vertus futures ! Nul homme habile à augmenter ses revenus ne jette son vieil argent par la fenêtre. Au lieu de supprimer les noms et d’effacer le souvenir de nos anciens bienfaiteurs, tels que Jean Pocquet, Juvénal des Ursins, Jehan Gerson et mille autres, il fallait consacrer et perpétuer ces beaux souvenirs, ces bons exemples et ces excellentes traditions.

On voit ainsi apparaître, se développer et grandir, au milieu de la barbare incurie des mœurs les progrès partiels et incomplets, nuis féconds et inaliénables, de la civilisation ; les vieilles familles de roture