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Page:Revue des Deux Mondes - 1848 - tome 22.djvu/620

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(1525-1526, 24 mars.) « Assemblée en laquelle ont été apportées lettres missives de M. le bailly de Chartres, données à Pontgoing le 24 de mars, présent mois, et adressans à MM. les gens du roi et échevins de la ville de Chartres, par lesquelles il mande qu’il a fait diligence de savoir le nombre, équipage et force des pendarts et voleurs qui font à Moustiers des maux innumérables et exécrables, même hier tuèrent cinq ou six personnes à Senonches et pillèrent le bourg, forcèrent et emmenèrent femmes et filles ; que MM. de Mortaigne et de Longuy sont venus ce matin par devers lui demander secours et aide, et qu’il les prie de faire diligence à eux possible ; de lui envoyer vingt ou trente hommes hacquebutiers et demi-douzaine de hacquebutes et de la munition, en estant mal garnis ; de plus qu’on lui a dit que M. Allardin est bien gêné de hallecrets et brigandins, qu’il seroit bon d’en avoir le plus que l’on pourroit ; qu’il espère qu’en ce faisant ils seront rompus, car il y a plusieurs gentilshommes qui s’en veulent mesler et se faire amas de gens (se faire une armée) en pays de Senonches, Bresolles et pardeça, etc., signé Gilles Acarie. — Après la lecture desquelles lettres missives a été ordonné qu’on enverra à M. le bailly de Chartres trente hommes hacquebutiers avec quatre hacquebutes à crochet ; cinquante livres de poudre à canon et de la munition d’icelle ville ce qu’on en pourra fournir ; et pour mener et conduire lesdits trente hommes hacquebutiers, lesdites hacquebutes à crochet et munition, a été commis et ordonné M. Esprit Pateau, échevin et receveur des deniers communs, et pour les frais de la poursuite,desdits voleurs sera employé par ledit M. Pateau des deniers de sa recette la somme de 40 livres tournois qui lui sera déduite et rabattue. »

Les mauvais-garçons et pillards furent battus ; on envoya des remontrances au roi, et la ville apprit à se défendre ; elle fit plus exactement que par le passé « le département » ou la répartition du guet. Les bons bourgeois se fournirent de « hâtons à feu, » et quand un capitaine, par exemple M le capitaine de la Grippière, voulut bien faire retirer ses soudarts, on lui en tint compte, en le défrayant gratis hors la ville, à l’auberge de l’Écu de France, procédé fort politique, qui coûta, en 1523, la somme de 10 livres tournois 16 sols 6 deniers.

Il arrivait ainsi ce qui arrive toujours : le mouvement social s’opérait et se poursuivait à travers toutes les misères ; la ville écrasée apprenait à résister ; encombrée de mendians et de vagabonds, elle instituait des hôpitaux et des refuges ; pillée par les gens de guerre, elle assemblait la commune ; rançonnée par les rois, elle commençait et continuait ses remontrances. Il fallut que la contagion l’atteignît pour qu’elle se décidât à faire nettoyer ses ruelles. Depuis long-temps, les « bestes porchines de monseigneur saint Anthoine, » avec clochettes, « grelots et grelottins, » ou même sans clochette, couraient par la ville. Des cloaques entre les maisons, des passages de trois pieds de large, des rues que l’immensité des auvens assombrissait et envahissait, point de courans d’air, encore moins d’eau, pour assainir ces trous et ces tanières ; — il était impossible que la peste ne vînt pas, en dépit de la beauté du ciel et de l’excellence du sol, endoctriner à son