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Page:Revue des Deux Mondes - 1848 - tome 22.djvu/618

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aucuns de ses gens et serviteurs pour emporter sur-le-champ, parce qu’ils disoient mondit seigneur le légat l’avoir trouvé bon. »

Bientôt, grace aux guerres d’Italie et au déplorable règne de François Ier, les Chartrains eurent autre chose à faire que de jouer des mystères et d’enregistrer les pots de vin donnés aux seigneurs. La ville regorgea de mauvais garçons, de soldats ivres, de vagabonds italiens et de bohémiennes. On trouva sous les auvens plusieurs cadavres frappés de coups de dague, et M. l’échevin Bonnet, éveillé par une batterie nocturne, mit le nez à la fenêtre au péril de ses jours. Le XVIe siècle s’annonçait. Alors on fit une assemblée,

« En laquelle il a été ordonné que, attendu qu’il y a plusieurs garçons qui vont de nuit dans la ville armés de bâtons, qui crochettent les huys et fenêtres, et s’efforcent d’y entrer pour piller ; que toute personne étant dans la ville et le faubourg d’icelle n’ayant marchandises, état ou autres vacations pour vivre, maître ou adveu, vuident incontinent et sans délai ladite ville et faubourgs. — Item. Que tous les hôteliers qui logent, retirent ou recèlent en leurs maisons des gens de pied, vagabonds et suspects plus haut que quatre heures le jour ou une nuit, en avertissent MM. les gens et officiers du roi, et que lesdits gens de pied, vagabonds et suspects ne s’arrêtent en icelle ville et faubourgs outre lesdits quatre heures de jour ou une nuit, comme dit est. — Défense à toute personne d’aller de nuit dans la ville sans lanterne et luminaire après neuf heures sonnées, sur peine de punition et amende telle qu’elle sera ordonnée et arbitrée. — Item à toutes personnes de porter de nuit aucunes épées ni bâtons, sur peine de confiscation, de tenir prison et de telle amende qu’il appartiendra. »

L’étourdi François Ier, roi de parade, tout confit en romanesques fantaisies et en ardeurs chevaleresques que paient cher ses pauvres communes, met Chartres à de rudes épreuves. Il ne donne rien et demande toujours ; il excède son peuple de cotisations et de prestations, exige du salpêtre et des boulets, et fait loger ses gens de guerre aux citoyens, le tout pour aboutir à sa captivité et à ses défaites en Italie. Passant par Lyon, il envoie à ses villes et à Chartres entre autres des protestations magnifiques de protection. Cependant les aventuriers, lansquenets et reîtres remplissent la France et mangent le bonhomme. Les environs de Chartres sont au pillage ; les reîtres brûlent les maisons, pendent les paysans et abîment tout. Les habitans s’assemblent. Ces infamies et ces violences éveillent la commune. Maître Esprit Pateau, échevin et receveur des deniers, monte à cheval bravement et s’en va en guerre, avec M. Gilles Acarie, pour chasser de Pontgoing les mauvais-garçons ; quand le pouvoir ne nous défend pas, il faut se défendre soi-même. Colin Byon, charretier, conduit contre les mauvais-garçons l’artillerie de la ville, deux brigandins et dix hacquebutes, pas davantage ; fils de bourgeois et fils de manans montent les chevaux de labourage.

C’est là l’esprit chartrain tout entier ; on n’attaque personne ; une fois