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Page:Revue des Deux Mondes - 1848 - tome 22.djvu/61

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telle commune qu’il vous plaira, et demandez-vous s’il n’y a pas dans cette moyenne de 10 francs par tête et par an, non-seulement de quoi pourvoir à toutes les vacances réelles de travail, mais même de quoi faire beaucoup travailler sans nécessité et dans un seul intérêt d’amélioration.

La grande question sera de coordonner ces dépenses locales et intermittentes de manière à en former un vaste ensemble de travaux publics. C’est à l’administration centrale qu’appartiendra ce soin. Il pourra devenir nécessaire alors de supprimer la distinction entre les dépenses de l’état et les dépenses départementales et communales. Dans tous les cas, il faudra que les unes et les autres soient dirigées dans chaque commune par le même agent. Tout cela n’a au fond rien de bien difficile ; le personnel de ces agens est tout trouvé, il a été formé par le gouvernement déchu : ce sont les agens-voyers et les conducteurs des ponts-et-chaussées, deux corps excellens qui rendent déjà de grands services, et qui en rendront chaque jour de plus en plus. Il n’est besoin que d’en multiplier le nombre et de les disséminer davantage encore sur toute la surface du sol : ils sauront bientôt sur quels points, à quelles époques et pour quel nombre d’ouvriers il faut assurer annuellement du travail, pour que la promesse de l’état soit tenue.

On craint le gaspillage, et on a raison, pour les premiers momens, mais l’ordre se mettra bientôt dans le service. Il y aura nécessairement un règlement pour les ateliers publics, qui, tout en assurant aux ouvriers un minimum de salaire et un maximum d’heures de travail, garantisse en même temps que le travail sera sérieux et productif. Plusieurs exemples de règlemens semblables ont déjà réussi.

J’insiste seulement sur le caractère communal que doit prendre dans la pratique la garantie du travail, parce que là est, à mon sens, outre le correctif de la mesure en ce qu’elle peut avoir d’inquiétant pour les finances, le principe du progrès considérable qu’elle peut amener. On est toujours porté à songer aux villes, quand il s’agit d’ouvriers ; c’est surtout aux campagnes qu’il faut songer maintenant. Le nombre des ouvriers des villes est très inférieur à celui des ouvriers ruraux, des paysans ; il est d’ailleurs plus que jamais à désirer que la population des villes ne s’accroisse pas aux dépens de celle des campagnes. Tout ce qui tend à l’agglomération d’un grand nombre d’ouvriers sur un point n’est pas seulement mauvais pour l’ordre public, c’est encore une aggravation du sort des ouvriers. Plus ils s’éloignent de la terre qui est la nourrice commune, plus les conditions d’existence deviennent chères. Pour nourrir un ouvrier urbain, il faut le double de ce que coûte un ouvrier rural, et de plus il est exposé à contracter de mauvaises habitudes, des habitudes de luxe et de paresse qui ne peuvent que lui faire tort.