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Page:Revue des Deux Mondes - 1848 - tome 22.djvu/60

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t-il nécessairement, comme quelques personnes paraissent le craindre, une série illimitée de sacrifices ? Je ne le crois pas. Le budget actuel des travaux publics peut y suffire et au-delà. Toute la question est dans le taux des salaires qui seront payés sous cette forme ; si le salaire payé par l’état à l’ouvrier sans travail pouvait être supérieur ou même égal au salaire payé par l’industrie privée, il est bien manifeste que les ouvriers déserteraient tous les ateliers privés pour les ateliers de l’état, et qu’il en résulterait une perturbation universelle ; mais, évidemment, il ne peut pas en être ainsi. Le salaire assuré par l’état sera partout au-dessous du taux moyen des salaires dans le pays, et ce seul fait suffira pour qu’il ne se présente que des ouvriers réellement sans travail. Or, l’ouvrier sans travail est, quoi qu’on en dise, une exception en France.

Le budget du ministère des travaux publics pour 1840 était de 162 millions ; en y ajoutant les travaux votés par les départemens et les communes, et ceux des ministères de la guerre et de la marine, on arrivait à près de 300 millions. Il y a dans un pareil chiffre de quoi donner du travail à bien des ouvriers. Supposez même qu’il fût nécessaire d’y ajouter 50 millions, la république le pourrait sans s’endetter, en prenant sur l’excédant de 100 millions que j’ai indiqué. La différence réelle entre les travaux préparés par l’ancien gouvernement et ceux que fera exécuter le nouveau ne sera que dans la répartition. L’ancien gouvernement consultait en première ligne, pour la répartition des travaux, le bien général de l’état ; le nouveau aura à s’enquérir avant tout des points où peut manquer le travail ; c’est une organisation nouvelle à donner à l’administration des travaux publics, voilà tout.

Si je comprends bien les moyens d’exécution qui peuvent réaliser la garantie du travail, chaque commune devrait avoir un travail d’intérêt public toujours en cours d’exécution, comme une route, un pont, une portion de chemin de fer, la construction d’une maison d’école, le défrichement d’un bien communal, etc. Les entrepreneurs de ces travaux seraient tenus d’employer en tout temps tous ceux qui se présenteraient moyennant un minimum de salaire calculé de manière à subvenir aux besoins les plus pressans du pauvre, sans nuire à l’industrie privée. Les fonds de ces dépenses ne pourraient pas être tous faits par la commune, mais celle-ci recevrait de l’état les secours nécessaires pour que personne dans son sein ne manquât de travail. Le principe même de ces secours n’est pas nouveau ; nous l’avons vu mis en pratique l’année dernière pour traverser la crise des subsistances.

En répartissant 350 millions de travaux publics annuels sur les 35 millions d’habitans que possède la France, on aurait une moyenne de 10 francs par tête. Ainsi chaque commune de mille habitans par exemple aurait 10, 000 fr. à dépenser par an sur son territoire. Choisissez