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Page:Revue des Deux Mondes - 1848 - tome 22.djvu/57

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n’existe plus en Angleterre, et son maintien peut être aujourd’hui moins justifié que jamais, puisque la dette consolidée va s’accroître considérablement par les mesures devenues nécessaires pour la consolidation de la dette flottante, et qu’il est parfaitement illusoire de se libérer d’une main quand on emprunte de l’autre. La démocratie aime que ses affaires soient simples et nettes, elle veut éviter tout ce qui les obscurcit et les surcharge ; la suppression de l’amortissement serait une grande simplification, elle ferait disparaître une vaine apparence, et y substituerait cette vérité palpable : Il n’y a d’accroissement réel que l’excédant des recettes sur les dépenses.

La suppression de la liste civile donnera une nouvelle économie de 13 millions 300, 000 francs.

La réduction du nombre des employés dans les administrations centrales et la diminution de tous les traitemens au-dessus d’un maximum déterminé peuvent donner de 25 à 30 millions.

L’armée coûte en ce moment 360 millions, en y comprenant l’Afrique. C’est là qu’est le puissant moyen d’économie. Dans l’état actuel de l’Europe, la république n’a évidemment aucune guerre à craindre. Le magnifique côté de la révolution de février a été l’élan qu’elle a donné à la liberté chez tous les peuples. L’Autriche, la Prusse, l’Allemagne, l’Italie, ces nations courbées hier sous un joug pesant, naissent à la vie publique ; une coalition nouvelle se forme, mais cette fois c’est la sainte alliance des peuples, suivant l’expression prophétique de Béranger. Des idées aussi neuves que belles se répandent de tous les côtés et font battre tous les cœurs. La fraternité universelle, cette utopie des rêveurs qu’animait l’ardent amour de l’humanité, devient une vérité vivante. La religion, sous les auspices d’un pape réformateur, bénit cette transformation du monde, et l’esprit du christianisme primitif s’épand comme un torrent de grace et d’amour qui, tout en ravivant les nationalités, éteint les rivalités antiques.

La France a donné le premier signal de ce mouvement extraordinaire ; elle doit donner un second signal, qui n’est que la conséquence du premier, celui du désarmement général. On a calculé à combien s’élèvent les dépenses inutiles que toutes les nations de l’Europe ont faites depuis 1830 pour maintenir la paix armée ; le chiffre en est gigantesque. La France seule y figure pour plusieurs milliards. Rien n’est plus digne de cette initiative hardie qui caractérise la révolution de février que l’héroïque imprudence d’un désarmement. La guerre en deviendra d’autant plus impossible, car personne n’aura de motif pour craindre nos attaques. Il est d’ailleurs de l’essence de la démocratie d’exclure les grandes armées permanentes. Bien que l’expérience ait prouvé le contraire, on peut craindre que l’armée ne soit un moyen de compression au dedans ; la liberté s’en alarme. Dans un pays où tout le mode est