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Page:Revue des Deux Mondes - 1848 - tome 22.djvu/501

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les leçons d’application. L’école d’artillerie, celle des mines, celle des ponts-et-chaussées, exploitent pour ainsi dire chacune dans une direction spéciale le fonds commun précédemment acquis. On sait quels sont les résultats de cette méthode. Quel pays au monde peut opposer des corps d’officiers et d’ingénieurs militaires on civils comparables dans leur ensemble à ceux que possède la France ?

Nous demandons pour l’enseignement libre quelque chose de semblable. La Faculté des Sciences serait pour nous l’École Polytechnique de cet enseignement. Nous grouperions autour d’elle des établissemens spéciaux en nombre assez considérable pour répondre à tous les besoins du pays. Partout les cours seraient publics aussi bien qu’à la faculté elle-même ; mais, pour acquérir les titres officiels que chacun de ces établissemens serait autorisé à délivrer, il faudrait avoir fait ses preuves devant la faculté. Les conditions d’admission aux diverses écoles pourraient d’ailleurs varier selon la nature de chacune d’elles. On voit que notre plan ne serait qu’une extension de ce qui existe déjà. Pour pouvoir prendre des inscriptions à l’École de Médecine, l’élève doit avoir acquis le diplôme de bachelier és-sciences ; pour être admis aux derniers examens de l’École Normale, il faut avoir subi deux examens de licencié. Les deux établissemens dont nous venons de parler fournissent à la France des médecins et des professeurs. L’école de Grignon est chargée de fournir des agriculteurs ; elle devrait se rattacher à la Faculté des Sciences d’une manière inti€ne. Nous demanderions la même chose pour l’école d’Alfort, d’oit sortent les médecins de nos animaux domestiques. Le Conservatoire des Arts et Métiers, placé dans des conditions semblables, deviendrait l’école de l’industrie, et formerait des chimistes industriels, des mécaniciens, des ingénieurs. Enfin, l’école administrative, détachée du Collège de France, où elle est un hors-d’œuvre, et sérieusement constituée, compléterait ce faisceau dont la Faculté des Sciences serait à la fois le centre et le lien [1].

Tout en conservant à la faculté son caractère exclusivement scientifique, nous faisons, on le voit, une large part aux instincts de notre époque. Avons-nous pour cela amoindri la faculté ? Placée à côté de ces écoles d’application, aura-t-elle à souffrir de la comparaison ? Nous ne le pensons pas. Au contraire de quelques esprits par trop utilitaires, nous croyons qu’elle ne pourrait que perdre à se faire industrielle. Son devoir à elle est de conserver et de transmettre, en l’augmentant chaque jour, le dépôt de la science. Qu’elle se préoccupe sérieusement de cette

  1. On nous reprochera peut-être d’avoir négligé, dans ce qui précède, la question fort importante d’ailleurs des contre-maîtres. Ces sous-officiers de l’industrie, qu’on nous passe l’expression, ne peuvent, ce nous semble, se former que dans les ateliers en ce qui touche à la pratique. Quant aux notions théoriques qu’ils doivent posséder, l’enseignement des collètges, tels que nous le comprenons, serait très suffisant.