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Page:Revue des Deux Mondes - 1848 - tome 22.djvu/50

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LE BUDGET


DE LA REPUBLIQUE.




L’avènement de la république a pris la France au dépourvu ; sérieusement, nul ne le conteste. Dans l’ordre politique, le changement s’est fait avec une facilité qui confond ; dans l’ordre économique, c’est tout autre chose. La société française était lancée dans les voies du luxe, de la spéculation, de l’industrie et de la dépense sous toutes les formes, avec la rapidité d’une locomotive qui vole à toute vapeur sur un chemin de fer ; ce brusque choc a tout arrêté, tout brisé, tout désarticulé en un moment. L’ancienne constitution financière jonche le sol de ses débris ; toutes les existences se sentent frappées à la fois : le banquier perd son crédit, le riche son revenu, le pauvre son travail ; ce qui était hier, depuis la base de la société jusqu’au sommet, un enchaînement nécessaire de profits est aujourd’hui une succession non moins fatale de pertes et de souffrances.

Sous ce rapport, le mal est immense ; le premier, le principal soin de la république doit être d’y porter remède ; sinon, nous sommes menacés, en pleine civilisation, de retomber dans la barbarie. Ce qui ajoute à ce pressant devoir du gouvernement républicain, c’est l’impossibilité évidente pour tous d’un retour quelconque vers le passé. Il n’y a plus à revenir en arrière, il faut marcher en avant à tout prix. Est-ce à dire que le mal soit irréparable ? Non, sans doute. La France a toujours le