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Page:Revue des Deux Mondes - 1848 - tome 22.djvu/49

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que j’ai reçu ordre de saisir la première occasion qui s’offrirait de brûler la cervelle au bravo. Le capitaine va respirer plus à l’aise quand je lui apprendrai en même temps la confession et la mort de son complice.

Nous pressâmes le pas pour rejoindre le convoi. Dès que Juanito eut aperçu la litière du capitaine, il mit son cheval au galop et courut se placer à la portière. Quelques instans se passèrent, pendant lesquels Juanito, courbé vers le blessé, parut lui rendre compte de l’exécution de ses ordres. Tout à coup Juanito fit arrêter les mules. On se pressa autour de la litière, et j’accourus pour connaître les causes de cette alerte. L’émotion causée par le rapport du brigadier avait été funeste au capitaine ; elle avait déterminé une hémorrhagie intérieure, et, quand j’arrivai près du blessé, l’agonie contractait déjà ses traits.

La mort de don Blas brisait le dernier lien qui me retenait près du convoi d’argent. Je résolus de le laisser partir sans moi ; les scènes auxquelles je venais d’assister m’avaient attristé profondément, et je ne pouvais plus supporter la compagnie de ces hommes dont les passions brutales et violentes touchaient de si près aux passions coupables. J’arrêtai donc mon cheval. J’eus bientôt vu disparaître dans la brume du couchant la litière flottante qui n’emportait plus qu’un cadavre, et les lances baissées en signe de deuil des cavaliers de l’escorte. La nuit allait venir. Comme compensation à ce triste tableau, le paysage déployait à mes pieds une calme splendeur. Un brouillard doré flottait au-dessus de la vallée de Jalapa, les cygnes s’ébattaient sur les flaques d’eau rougies par le soleil, la ligne étroite de l’Océan se colorait de pourpre, et, près de refermer leurs blancs calices, les daturas exhalaient leurs derniers parfums.


GABRIEL FERRY.