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Page:Revue des Deux Mondes - 1848 - tome 22.djvu/458

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petite propriété rurale les avantages de la grande, l’inventeur ignoré des omnibus, les fondateurs des grandes associations de petits capitaux, sont des socialistes plus sérieux et surtout plus utiles que tous ceux qui organisent le monde, mais seulement sur le papier. En suivant la trace des premiers, en étendant, en perfectionnant leurs travaux, les ouvriers deviendront capitalistes eux-mêmes et maîtres d’associer à la fois et leurs bras et leurs fonds. Il est déplorable que le malheur de nos finances ait mis le gouvernement dans le cas de porter la main sur les réservoirs où le pauvre dépose, pour les jours de pénurie, les excédans de ses jours de prospérité, et l’on ne saurait, en attendant mieux, assez se préoccuper de la reconstitution des caisses d’épargne ; elle coûterait bien moins que les ateliers nationaux dont l’examen le plus superficiel fera bientôt reconnaître les vices. Il importerait presque autant de généraliser entre les mains de l’état, et avec une immense économie pour les déposans, les assurances sur la vie, qui sont destinées à devenir les véritables caisses de retraite des invalides civils. Pourquoi enfin ne chercherait-on pas et dans l’organisation militaire, et dans celle de ces nombreuses communautés auxquelles on reproche d’être en état de donner leur travail à meilleur marché que les ouvriers isolés, des exemples d’associations économiques ? Au lieu de les interdire et de les piller, on devrait leur demander le secret de leur existence et les imiter en tout ce qui serait applicable à la vie intérieure. Il y aurait enfin à s’occuper, non pas à Paris seulement, mais sur tout notre territoire, des plaisirs et des distractions du peuple : pour l’arracher à ceux qui le dégradent, il faut lui en offrir qui lui élèvent l’ame ; son choix ne sera pas long-temps douteux.


J.-J. BAUDE.