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Page:Revue des Deux Mondes - 1848 - tome 22.djvu/444

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radieux sourire, des regards qui ne se baissaient plus vers la terre, disaient assez éloquemment à l’heureux Jarocho que sa bien-aimée attachait autant de prix à ce nœud écarlate qu’il en attachait lui-même à la fleur de suchil tombée la veille de sa chevelure.

Ce dernier épisode avait passé à peu près inaperçu de tous. Les hommes entouraient l’étranger, qui, cette fois, les avait conviés à passer au ventorrillo ; Calros ne tarda pas à les rejoindre, et les deux rivaux luttèrent encore de prodigalité au grand contentement des invités, qui savouraient l’eau-de-vie à longs traits et se félicitaient d’avoir pendant huit jours un si brillant fandango à commenter. Pour moi, après avoir laissé pendant quelques instans l’étranger répondre aux questions des buveurs, j’allais à mon tour m’approcher de lui et me faire reconnaître quand l’attention générale fut brusquement détournée par un cavalier qui arrivait à toute bride. Ce cavalier n’était autre que l’homme à qui l’étranger avait la veille donné devant moi rendez-vous à Manantial. A la vue du sang qui tachait la chemise du rival de Calros, le survenant s’écria : — Il y a eu de l’agrément ici, à ce qu’il paraît, ami Julian ?

— On passe son temps du mieux qu’on peut, ami Ventura, répondit l’étranger.

— Eh bien ! ne vous l’avais-je pas dit ? reprit le cavalier en montrant le ciel, qui, depuis quelque temps chargé de nuages, présageait une tempête. Nous allons avoir de l’occupation sur la plage. Êtes-vous d’humeur à m’accompagner ?

— Volontiers, répliqua l’étranger assez tristement, car je crains de n’avoir plus rien à espérer ici.

Et remontant à cheval après avoir échangé avec tout le monde des serremens de main, les deux amis s’éloignèrent au galop. Ce fut le signal du départ pour tous les assistans. La brillante joute de Calros et de Julian avait dignement terminé la fête.

Qu’étaient-ce que ce Julian et ce Ventura ? Personne parmi les Jarochos qui m’entouraient ne semblait les connaître ; mais je me réservais d’interroger Calros à cet égard. La nuit venue, couché près de mon hôte sous le péristyle de sa cabane, j’étais, en effet, au moment de le questionner sur les deux inconnus, quand un bruit de pas sous lesquels les herbes sèches criaient à peine vint nous interrompre. C’était encore la vieille Josefa. Soigneusement drapée, malgré la chaleur, dans son rebozo, qui ne laissait entrevoir que deux yeux étincelans sous un double bandeau de cheveux gris, Josefa m’offrait un type assez complet de ces sorcières qu’on retrouve encore au Mexique parmi tant d’autres débris du moyen-âge.

— Je suis chargée d’un message pour vous, dit-elle à : Calros ; venez