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Page:Revue des Deux Mondes - 1848 - tome 22.djvu/432

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j’aurais voulu rester dans ce village, qui m’est moins cher parce que j’y suis né qu’à cause de celle qui l’habite.

— N’y aurait-il pas quelque moyen de concilier votre devoir avec votre amour ?

— Il y en aurait bien un, qui consisterait à trouver un ami dévoué à qui je déléguerais mes pouvoirs ; un hôte fait partie de la famille, et, en cette qualité, seigneur cavalier, vous pourriez me remplacer, vous mettre en quête du meurtrier que je poursuis, et qui ne saurait vous refuser la revanche que vous lui demanderiez les armes à la main.

— Ce serait, en effet, une mission bien glorieuse, mais je craindrais beaucoup de me trouver au-dessous d’une pareille tâche, répondis-je modestement ; tout ce que je pourrais vous promettre serait de vous accompagner dans vos recherches et de vous aider au besoin.

— C’est une offre que je ne refuse pas, répondit Calros ; nous partirons donc après-demain matin.

Ce point délicat une fois réglé à notre mutuelle satisfaction, et surtout à la mienne, nous songeâmes à passer la nuit le plus commodément possible. Nous nous étendîmes sous le hangar qui servait de péristyle à la cabane. Une brise fraîche commençait à dissiper la chaleur du jour, les cigales se taisaient sous l’herbe, et, dans les savanes, les troupeaux aspiraient, en mugissant, la fraîcheur de la nuit. Bercé par le murmure des feuilles, je prêtai quelque temps l’oreille aux bruits nocturnes des bois, et je ne tardai pas à m’endormir. Bientôt des songes confus représentèrent à ma mémoire tous les événemens de la journée, et je finis par rêver que je rapportais à doña Sacramenta la tête du meurtrier que j’avais vaillamment tué en combat singulier.


III

De toutes les castes de la famille mexicaine, il n’en est point peut-être de plus curieuse à étudier que celle des Jarochos. J’ai dit qu’on désignait sous ce nom les paysans du littoral de Vera-Cruz. Leur costume ne ressemble en rien à celui des autres habitans des campagnes, et présente quelque analogie avec le costume andalou. L’opinion générale est qu’ils descendent directement des gitanos d’Andalousie, et leurs goûts d’indépendance, leur prédilection marquée pour les bois et les lieux déserts, leurs idées superstitieuses, leurs penchans cruels, confirment de tous points cette supposition. Comme leur costume, leur dialecte n’appartient qu’à eux : étrange assemblage des termes les plus choisis du plus pur castillan et des locutions populaires les plus triviales défigurés par une prononciation vicieuse, ce dialecte ne peut être