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Page:Revue des Deux Mondes - 1848 - tome 22.djvu/42

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— Ah ! s’écria-t-il, si le hasard veut qu’il tombe entre mes mains, je le ferai fusiller sans forme de procès !

Et en disant ces mots, don Blas allait et venait en abattant à coups de sabre les hautes fougères qui croissaient près de nous.

— Qui ferez-vous fusiller ? demandai-je.

— Qui ? reprit le capitaine, eh ! parbleu, le premier que sa mauvaise étoile me fera rencontrer.

— Ce serait un droit qu’il serait peut-être dangereux de s’arroger, car d’ordinaire les routiers ont le bras long.

— Rapportez-vous-en à moi, reprit don Blas avec un étrange sourire ; je trouverai moyen de mettre le bon droit de mon côté.

Le capitaine donna aussitôt l’ordre de remonter à cheval. Les soldats, enchantés de regagner le temps perdu, accueillirent ses paroles avec acclamation. Je ne savais, je l’avoue, à quoi attribuer le brusque changement de don Blas. Pourquoi tant de zèle après tant de froideur ? Je me plus à croire que cette froideur n’avait été jusque-là qu’apparente, et que le capitaine n’avait montré tant d’apathie d’abord que par une sorte de bienséance et pour ne point laisser percer un trop vif désir de gagner la récompense promise par l’arriero.

L’un des trois sentiers qui aboutissaient à la clairière était si étroit, si peu fréquenté, à en juger par l’aspect du terrain, que, selon toute apparence, il ne devait conduire à aucun endroit habité. Les deux autres gardaient de nombreuses traces du passage des hommes et des animaux ; ils devaient aboutir à quelque hacienda ou à quelque rancho pour le moins. Selon les conjectures des soldats, le moins foulé des trois sentiers était celui que les bandits avaient suivi sans doute. Dans l’incertitude, il fut résolu, d’après l’ordre du capitaine, que nous nous diviserions en deux bandes, qui, après avoir exploré chacune un des sentiers, devraient se retrouver, deux heures après le lever du soleil, à la clairière que nous quittions. Don Blas se mit à la tête de l’un des deux détachemens ; le second s’éloigna sous les ordres de Juanito. Quant à moi, je suivis don Blas, quoi qu’il fît pour m’en dissuader ; instinctivement, j’étais porté à croire qu’il ne choisissait pas le plus dangereux des deux chemins. Le sentier où nous nous étions engagés nous menait vers la plaine. Nous arrivâmes bientôt à un carrefour où aboutissaient plusieurs routes. Ce fut un nouvel embarras, et nous nous divisâmes encore deux par deux pour explorer chacune de ces ramifications.

— Si cela continue, dis-je à don Blas, nous nous disséminerons tellement, que nous pourrons bien être chassés à notre tour par ceux à qui nous donnons la chasse.

Don Blas néanmoins paraissait ne tenir nul compte du danger nouveau que nous créait cet éparpillement. Il s’engagea sans hésiter dans l’un des chemins, où je le suivis seul. Cependant, quand nous fûmes