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Page:Revue des Deux Mondes - 1848 - tome 22.djvu/397

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comme la plus pressante des questions pour le pays ; aujourd’hui, qu’est-ce que l’avenir de l’Afrique, si intéressant qu’il soit, en présence de tant de discussions brûlantes qui vont décider de l’avenir de l’humanité tout entière ? Une partie de la population demande l’assimilation pure et simple de l’Algérie à la France, mais sait-on seulement ce que sera demain l’organisation de la France ? L’Algérie se rend-elle encore bien compte de ce qu’elle demande, et ne comprend-elle pas que la France et elle-même ont bien changé depuis deux mois ?

Je ne vois encore là que des demi-mesures, qui ne porteraient qu’un remède apparent au mal et qui ne répondraient pas à la vérité. La vérité, disons-le franchement, est que la France a maintenant autre chose à faire, et qu’elle ne peut plus s’occuper de sa colonie avec le même soin ; l’enfant désormais doit apprendre à marcher de lui-même et à se passer autant que possible de secours.

Le plus simple serait de faire de l’Algérie une sorte d’état particulier, annexe de la France, se gouvernant et s’administrant lui-même, sous la surveillance d’un gouverneur-général nommé par la mère-patrie, et à l’aide d’un subside en hommes et en argent qui lui serait annuellement accordé pour subvenir à ses premiers besoins. Cette organisation aurait quelque analogie avec celle des principales colonies anglaises, notamment du Canada. Elle satisferait pleinement au désir bien naturel d’indépendance que manifeste la population algérienne, et elle débarrasserait la France d’une préoccupation toute spéciale, qui n’est plus en rapport avec sa situation actuelle. Dans ce système, les lois seraient faites par un conseil colonial électif siégeant à Alger, l’administration serait conduite par des conseils provinciaux également électifs dans les provinces et par des conseils municipaux dans les villes, la mère-patrie ne se réserverait que le commandement de l’armée et le droit de sanction.

Sans doute ce serait là un grand changement, un bouleversement total dans les conditions actuelles de la colonie ; mais il ne faut pas qu’on s’y méprenne, nous sommes au temps des grands changemens. Ils arriveront, quoi qu’on fasse. La France change, l’Europe se transforme, l’Algérie doit changer aussi. Puisqu’il est bien évidemment impossible de continuer le passé, mieux vaut aller résolûment au-devant de l’avenir. L’Algérie avait hier les avantages et les inconvéniens d’une colonie : la métropole lui donnait une armée puissante, un trésor inépuisable ; mais en même temps elle lui enlevait toute initiative, toute action sur elle-même, elle l’emprisonnait dans les mille lenteurs d’une administration centralisée, elle la fatiguait de ses continuelles incertitudes, résultat inévitable de son éloignement. Aujourd’hui tout doit se simplifier. Si l’armée diminue, si le trésor se ferme à demi, que le pays soit du moins plus maître de lui-même, qu’il se gouverne, qu’il