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Page:Revue des Deux Mondes - 1848 - tome 22.djvu/388

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de 10 pour 100 sur les laines. Il faut savoir maintenant à quoi se réduirait, avec un tel droit, le produit sur cet article.

Il est d’abord certain que l’importation des laines étrangères augmenterait. La manufacture des lainages, favorisée tout à la fois par ce dégrèvement sur ses matières premières et par toutes les autres réductions dont elle profiterait, sur la houille, le fer, les huiles, le bois, les matières tinctoriales, etc., verrait ses débouchés grandir au dedans et au dehors. Toutefois l’accroissement de la consommation ne serait pas assez considérable pour compenser, dans l’intervalle d’un an ou deux, l’abaissement des droits. Il y aurait donc, selon toute apparence, une diminution de revenu à subir sur cet article. On atténuerait le déficit, si l’on avait soin de redresser quelques erreurs fâcheuses qui se remarquent dans l’assiette des droits. Les laines, disons-nous, sont actuellement soumises à un droit de 20 pour 100 ; mais cela n’est vrai que pour les laines brutes. Quand elles sont peignées, elles paient un droit de 30 pour 100 ; teintes, un droit de 300 fr. les 100 kilogrammes. Pourquoi ces différences ? On remarquera que les droits actuels sur ces derniers articles sont vraiment prohibitifs, car le produit ne s’en est élevé, pour les trois années que nous considérons, que de 30 à 35,000 fr. pour les laines peignées, et seulement de 20 à 50 francs pour les laines teintes. Y a-t-il quelque ombre de raison à maintenir de telles anomalies ? Les fabricans français savent peigner et teindre la laine tout aussi bien que d’autres, s’ils n’ont pas même une supériorité réelle sous ce rapport. Un droit exactement proportionnel à celui qui pèse sur les laines brutes, c’est-à-dire de 10 pour 100 dans le tarif que nous proposons, serait très suffisamment protecteur pour eux ; et pourtant il ne laisserait pas de permettre l’importation d’une certaine quantité de marchandises étrangères, ne fût-ce que pour quelques parties de la France éloignées de nos grands centres de production, et que leur situation géographique met en rapport avec les producteurs étrangers plutôt qu’avec les producteurs français. La réduction du droit, sans nuire à notre industrie, serait donc très favorable à ces localités particulières, et elle augmenterait d’autant les ressources du trésor. Avec cette précaution, nous croyons que la recette sur les laines ne descendrait pas, même dès la première année de l’abaissement du droit, au-dessous de 8 millions, pour reprendre en peu d’années son niveau actuel. Supposons toutefois, pour faire la part large aux éventualités, qu’elle tombât à 7 millions. Ce serait alors une perte de 4 millions que le trésor aurait à supporter sur cet article.

En ce qui concerne les viandes fraîches ou salées, l’abaissement du droit aurait, au contraire, pour effet certain, d’augmenter le revenu, et cela dès les premières années. Nous conviendrons toutefois que ce revenu aurait bien de la peine à s’élever jamais très haut ; aussi proposerions-nous