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Page:Revue des Deux Mondes - 1848 - tome 22.djvu/376

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sans principe, sans système, dans un esprit fiscal mal défini et mal réglé ; à plus forte raison dans les pays où, sans avoir procédé avec méthode, on a fait du moins quelques tentatives empiriques pour féconder cette branche de revenu. Voyez, par exemple, ce qu’étaient les recettes de la douane en Angleterre, vers 1839 ou 1840, à une époque où, certes, aucun principe bien arrêté n’avait présidé à la rédaction des tarifs. Pour l’année finissant au 5 janvier 1840, elles s’étaient élevées à 22,962,610 livres sterling (574,000,000 de fr.), et les droits perçus sur les seuls articles exotiques figuraient dans cette somme pour 17,240,000 livres sterling (431,000,000 de fr.), c’est-à-dire pour plus des trois quarts de la somme totale. En France même, quels sont, malgré l’incroyable inconsistance et les vices profonds de notre système, les principaux articles de recettes ? Les sucres, les cafés, les cotons en laine ; et, si l’on voit figurer au quatrième rang les laines en masse, c’est qu’il existe aussi plusieurs sortes de laines qui sont pour nous des produits exotiques, parce que nous n’avons pas les similaires dans le pays. Vous avez beau faire, de quelque manière que vous régliez vos tarifs, sur tous les autres produits le revenu s’amoindrit ou vous échappe ; il n’y a que les produits vraiment exotiques qui répondent fidèlement à votre appel.

Si ces produits sont dès à présent nos principaux articles de recettes, ils sont en même temps ceux qui offrent les meilleures chances d’augmentation. Que l’on combine les droits comme on voudra sur les autres, on n’en obtiendra jamais que des recettes médiocres, qui seront d’ailleurs ou fugitives et passagères, comme celles que l’on prélèverait sur les produits ouvrés, ou trop chèrement acquises, comme celles qui dériveraient des produits naturels. Les denrées exotiques sont donc vraiment les seules qui soient susceptibles de procurer un large revenu, les seules aussi qu’on puisse taxer impunément. C’est quand on voudra s’attacher, avec quelque esprit de suite, à tirer de cet ordre de produits tout ce qu’il peut rendre, qu’on verra les recettes de la douane grossir à vue d’œil et soulager d’autant le poids de nos impôts.

Voici donc, en résumé, les principes qui doivent nous guider dans un remaniement du tarif et les résultats que nous devons nous proposer : -opérer de nombreuses et très notables réductions de droits sur les produits naturels dont les similaires existent dans le pays, dût-on, sur les produits de cet ordre, diminuer la part du revenu ; — compenser à peu près les sacrifices que le trésor public aurait à subir de ce côté, en supprimant les prohibitions, ou en réduisant les droits prohibitifs qui frappent les articles manufacturés, de manière à ménager une importation raisonnable de ces articles, sans faire courir toutefois à la manufacture nationale aucun danger d’ébranlement ; — combiner enfin les