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Page:Revue des Deux Mondes - 1848 - tome 22.djvu/374

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dans la lutte, se mettraient assez vite en mesure de repousser l’importation par l’économie de leur travail et la perfection de leurs produits. Ceci n’est pas plus hypothétique que tout ce qui précède : c’est une vérité que le plus simple bon sens force d’admettre et que tous les faits contemporains confirment. En voici un exemple.

En 1834, une ordonnance royale du 2 juin autorisa pour la première fois l’importation en France des fils de coton des numéros 143 et au-dessus, au droit fixe de 7 francs le kil. pour les fils simples, et de 8 fr. pour les fils retors, non compris le droit différentiel et le décime [1]. Cette ordonnance fut ensuite confirmée par une loi du 2 juillet 1836. Eh bien ! quels ont été les résultats de cette mesure ? En 1835, première année pleine de la levée de la prohibition, l’importation des fils de coton s’éleva à 83,900 kil., d’une valeur officielle de 2,097,000 francs. En 1836, elle, alla même à 98,520 kilog., évalués à 2,485,000 francs ; mais ensuite elle déclina peu à peu. En 1845, elle était déjà tombée à 44,144 kil., d’une valeur officielle de 1,060,644 fr., c’est-à-dire qu’elle était tombée de plus de moitié en dix ans, et, en 1846, nous ne trouvons pour le poids que 41,767 kil., et, pour la valeur, 993,282 francs. Si l’on compare, en outre, l’importation des six premières années à celle des six dernières années de la période de douze ans écoulée depuis le commencement de 1835, on arrive aux mêmes résultats. Pour les six premières, on trouve an chiffre total de 415,800 kilog., donnant une moyenne annuelle de 69,300 kil., tandis que, pour les six dernières, le chiffre total n’est plus que de 352,621 kil., et la moyenne annuelle de 58,770, ce qui annonce bien clairement une décroissance constante.

Il en a été de même pour les fils et tissus en lin et en chanvre depuis l’établissement du nouveau tarif en 1842. Pour les fils, l’importation, qui avait été d’environ 46 millions (valeur officielle) en 1842, n’est plus que de 27,700,000 fr. en 1845, et de 17,300,000 fr. en 1846. Pour les tissus, elle tombe, également de 1842 à 1846, de 23,500,000 francs à 17,000,000. Et pourtant rien n’a été fait dans cet intervalle de temps pour venir en aide à ces industries et les mettre en mesure de résister mieux à la concurrence étrangère. C’est par leurs propres efforts, par l’effet seul du progrès de leur travail, qu’elles sont parvenues à réduire de jour en jour le chiffre des importations. Avec combien plus de puissance et d’efficacité ne résisteraient-elles pas à ces importations, s’il

  1. il est difficile de dire quelle est la proportion de ces droits fixes avec la valeur, parce que la valeur change selon les numéros. Pour le n° 143, la proportion est au moins de 50 à 60 pour 100 ; mais pour le n° 200, elle n’est plus guère que de 22 à 26 pour 100 ; pour le n° 250, tout au plus 10 à 12 pour 100, et pour le n° 300, elle serait encore bien moindre. La manufacture française file actuellement jusqu’au n° 300, ce qu’elle ne faisait pas avant la levée de la prohibition. Les filés étrangers au-dessus du n° 143 étaient alors fournis par la contrebande.