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Page:Revue des Deux Mondes - 1848 - tome 22.djvu/363

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Cette réforme est, disons-nous, la plus urgente de toutes. Elle est, en effet, la préparation nécessaire et en quelque sorte la clé de toutes les autres. Depuis long-temps, l’opinion publique réclame avec une instance trop légitime la réduction de certains impôts, ou même la suppression absolue de quelques autres, et certes, la situation nouvelle où la France se trouve placée, par suite de la révolution qui vient de s’accomplir, ne fera que donner une nouvelle force à ces réclamations si justes. Pourtant, à moins qu’on ne veuille désorganiser les services publics, ou qu’on ne se décide enfin, ce qui est d’ailleurs bien désirable, à supprimer tous les services superflus, toutes les fonctions parasites, en ramenant l’action de l’état dans ses limites naturelles, il n’est guère possible de diminuer le chiffre des impôts sans ouvrir ailleurs au trésor des sources plus abondantes de revenus. Or, comment et par quelle voie l’état pourrait-il augmenter son revenu, si ce n’est par la douane ? La douane est aujourd’hui le seul instrument fiscal dont le produit puisse augmenter sensiblement sans que le contribuable en souffre. Voilà comment une réforme de notre système douanier, qui aurait pour objet tout à la fois de procurer à l’industrie des facilités nouvelles et d’augmenter les recettes du fisc, est le préliminaire indispensable de toute amélioration sérieuse et positive.

Une révision de nos tarifs dans le sens de la liberté du commerce n’était pas, il y a quelque temps, très populaire en France, nous le savons. On était parvenu à égarer sur ce point l’opinion publique on avait su rendre hostiles à cette mesure ceux même qui ont le plus d’intérêt à ce qu’elle s’effectue promptement ; mais nous serions bien trompé si cet état des esprits, qui changera bientôt sans aucun doute, n’avait pas déjà subi une modification sensible. Le nuage qu’on a travaillé avec tant d’art à épaissir autour de nous commence à se dissiper, et le public, duquel nous ne séparons pas les producteurs, finira par discerner ses intérêts véritables. Aussi cette même réforme que l’on repoussait naguère avec une obstination aveugle, on ne tardera pas, nous l’espérons, à l’invoquer à grands cris. Il importe que les bases en aient été discutées d’avance afin que le pays ne soit pas pris au dépourvu.

En 14840, dans une enquête demeurée justement célèbre, M. Mac Grégor, alors secrétaire du bureau du commerce en Angleterre, produisit devant la commission d’enquête un projet de révision du tarif qui a servi de point de départ aux réformes commencées trois ans après. Nous aurions pu prendre ce travail pour guide ; mais il fallait à la France quelque chose de plus. Un travail exécuté sur le plan de M. Mac Grégor ne serait pas assez explicite pour le public français. D’ailleurs, les résultats qu’il promettait ne nous satisferaient pas, parce que la situation de notre pays demande et permet davantage. On a dit