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Page:Revue des Deux Mondes - 1848 - tome 22.djvu/334

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REVUE DES DEUX MONDES.

une odeur pénible, et de fixer l’ammoniaque qu’elles versent dans l’espace. Tel est le procédé préconisé à juste titre par M. Dumas, à qui les arts doivent de si nombreuses et si utiles indications. Quelques kilogrammes de charbon animal et de sulfate de fer suffisent pour empêcher la volatilisation des matières qui s’échappent des fosses d’aisance les plus grandes et en détruire l’odeur repoussante. La dépense nécessaire pour obtenir un tel résultat serait peut-être de cinq centimes par jour dans nos grands établissemens, dans les salles des hôpitaux, par exemple, au sein desquelles se forme trop souvent, malgré les soins les plus dévoués, une atmosphère nuisible aux convalescens et aux malades. Détruire ainsi les foyers d’infection serait à la fois une économie et un important progrès d’hygiène. À quoi bon établir à grands frais des appareils de ventilation, quand on n’arrête pas la formation des gaz méphitiques ?

Les graves inconvéniens attachés au transport et à la fabrication des engrais azotés avec les matières excrémentielles de l’homme n’existent donc plus aujourd’hui. Espérons qu’en présence des moyens faciles dont l’art dispose contre les émanations des gaz si utiles pour la végétation, on saura prévenir le préjudice qu’une pratique malheureuse porte chaque jour à l’agriculture. Deux livres d’ammoniaque qui se dissipent dans l’air donneraient, si elles étaient retenues dans le sol, trente livres de blé : que l’on calcule alors l’étendue des pertes qui se font par la volatilisation des gaz qui s’élèvent des bassins de Montfaucon. C’est afin d’utiliser une partie de ces ressources qu’un chimiste habile, M. Jacquemard, a fait construire sur l’emplacement même de la voirie une usine destinée à l’exploitation du sulfate d’ammoniaque. Le réactif dont il se sert pour fixer l’alcali volatil est la chaux, qu’il mêle dans les eaux vannes ; l’ammoniaque se dégage, et il est reçu dans de l’eau chargée d’acide sulfurique.

Depuis que les sels ammoniacaux ont été employés dans l’art agricole, des expériences ont été entreprises sur une grande échelle dans plusieurs contrées de l’Europe, et partout en France, en Angleterre, les résultats ont été heureux. Nous citerons surtout ceux qu’ont obtenus MM. Kulhmann de Lille et Schattenman de Strasbourg. À une époque où les gouvernemens doivent prendre cette devise : la vie à bon marché, nous concevrions avec peine qu’on accueillit avec indifférence ces tentatives d’application de la science à l’agriculture. La chimie moderne, qui nous a déjà révélé tant de ressources fécondes, ne nous fera sans doute pas long-temps attendre de nouvelles lumières. Elle est entrée dans une voie où chaque progrès peut devenir une garantie de plus pour la prospérité publique.



V. de Mars.