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Page:Revue des Deux Mondes - 1848 - tome 22.djvu/329

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Nous appelons de tous nos vœux le jour où cette puissance formée par les représentans de la nation entière viendra construire enfin la légalité nouvelle. Nous souhaitons ardemment que cette légalité tienne compte des vrais besoins qui n’ont pas été jusqu’ici satisfaits, des espérances légitimes qui n’ont pas été récompensées ; nous voulons qu’elle apporte tout le remède possible aux misères guérissables, mais nous voulons aussi que cette légalité une fois reconnue demeure respectable et sainte. Voilà pourquoi nous demandons au pays, qui va commencer dans huit jours ce grand enfantement, de nous envoyer des hommes assez intelligens pour concevoir la loi de l’avenir, assez courageux pour la défendre contre la turbulence du présent.

La réaction anti-française poursuit son cours en Belgique. Le sentiment dynastique, jusqu’ici lettre morte dans ce pays ou qui du moins n’avait jamais dépassé, à l’égard de Léopold, les bornes d’une bienveillante indifférence, s’y traduit par les plus bruyantes ovations, depuis que c’est là une façon de protester contre les menaces de notre propagande républicaine. Des clubs long-temps rivaux fraternisent et se fusionnent au nom de l’intérêt de nationalité. Les élections générales, qui naguère eussent donné le signal de luttes acharnées, semblent devoir accélérer cette coalition légitime, bien loin de la ralentir ; on voit déjà circuler des listes où les candidats catholiques apparaissent confondus avec les candidats libéraux. Une transformation plus inattendue et plus significative encore s’opère au sein des partis commerciaux. L’élan qui précipitait les Flandres vers l’union douanière avec la France s’est brusquement arrêté devant les provocations blessantes du républicanisme français ; ces provinces, où la haine du nom hollandais était hier poussée jusqu’à la monomanie, sont aujourd’hui les premières à demander l’union douanière avec les Pays-Bas. Des négociations sont déjà ouvertes, à ce sujet, entre les cabinets de Bruxelles et de La Haye, et, du moment où la Belgique prend l’initiative de ces négociations, le succès n’en est pas douteux.

Nous livrons ce dernier fait aux méditations de nos maladroits propagandistes ; nous ne le regrettons pas. En recherchant l’alliance néerlandaise, la Belgique obéit aux lois les plus impérieuses de sa nature. La Hollande, essentiellement maritime et dépourvue d’industrie, est l’indispensable complément de la Belgique, essentiellement manufacturière et dépourvue de moyens extérieurs de transport. Pour avoir méconnu cette solidarité, pour avoir essayé d’y échapper, tantôt par de chimériques essais d’alliances transatlantiques qui lui ont fait perdre de vue les marchés du continent, tantôt par l’alliance ruineuse du Zollverein, la Belgique a vu, en dix-sept ans, son paupérisme tripler. La Hollande n’offre pas seulement à la Belgique un débouché important ; elle lui offre en outre, par ses bestiaux, sa pêcherie, son commerce de grains avec la mer Noire, un élément non moins essentiel de bien-être : la vie à bon marché.

Disons plus, l’union douanière hollando-belge facilitera dans l’avenir, au lieu de lui nuire, l’union douanière de la Belgique et de la France.

La Belgique, en se sentant plus forte, deviendra moins défiante. Elle ne craindra plus de voir son absorption commerciale par la France dégénérer en absorption politique, du moment où la nationalité néerlandaise sera là pour faire contrepoids. Du côté de la France, bien des obstacles disparaîtront aussi. Notre indus-