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Page:Revue des Deux Mondes - 1848 - tome 22.djvu/325

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le capital et le travail ne reprendront leur association fructueuse que lorsqu’ils n’en seront plus détournés par la crainte ou par le rêve des associations problématiques. Il faut donc, avant tout, un pouvoir décidé, qui reconstitue énergiquement l’autorité publique et lui donne une direction éclairée. Les transactions commerciales, la circulation du numéraire et du crédit ne marcheront pas à moins. Ce n’est pas une raison cependant pour ne point tenter des expédiens plus spéciaux ; il y a l’urgence de la force majeure qui pousse à essayer quoi que ce soit pour produire n’importe quoi, et c’est encore un soulagement pour le malade que de se retourner dans son lit de douleur.

La république a sur les bras et les ateliers nationaux de la capitale et les troupes de l’armée des Alpes. Ce sont de lourdes dépenses qui viennent, sans qu’on y puisse rien grever, pour un temps indéterminé, le lourd budget laissé par la monarchie. Ce budget, qui se soldait si tristement par un déficit chaque année plus fort, marchait pourtant, jusqu’à nouvel ordre, à l’aide des caisses d’épargne et des bons du trésor. Ces ressources extraordinaires sont maintenant supprimées, et il ne reste de disponible que les recettes ordinaires. On aura beau réduire le traitement et le nombre des employés, on ne parera point au vide du trésor avec des économies de détail. Les contributions indirectes ne rendent plus nécessairement que dans les proportions, chaque jour décroissantes, de l’aisance et de la sécurité publique : L’augmentation des 45 centimes n’élèvera point de beaucoup le revenu de la contribution directe, du moment où, comme il était trop facile de le prévoir, il a fallu renoncer à l’appliquer aux petites cotes. Peut-être aussi les plus imposés, qui sont seuls poursuivis, seront-ils d’avis d’attendre, pour payer les 45 centimes, que l’assemblée nationale en ait approuvé la perception ; c’est du moins ce qui se dit beaucoup en province. Enfin, l’emprunt des cent millions et le comptoir général n’ont pas tenu plus qu’ils ne promettaient. Bref, avec de nouvelles charges, le trésor ne sait point encore où se créer de nouvelles rentrées.

Les projets abondent pour en faire, et tous tranchent dans le vif, parce que tous proclament que la crise est extrême. Comme en toute extrémité, ces projets ne laissent malheureusement de choix qu’entre un moindre inconvénient et un pire. Il serait ainsi question de mettre dans la main de l’état toutes les banques du pays pour les changer en une grande fabrique de papier-monnaie : on ferme les yeux pour ne pas voir que cette valeur, dépendant des vicissitudes par lesquelles passerait l’état, subirait immédiatement la dépréciation qui résulte toujours d’une pareille dépendance en des temps orageux et dans des pays troublés. On ne pense pas assez que cette dépréciation augmenterait par une conséquence infaillible en raison directe du chiffre de l’émission, et de hardis calculateurs portent ce chiffre jusqu’à 2 milliards et demi. Les uns se procurent cette masse énorme de capital fictif par le rachat des chemins de fer, des canaux, etc., par l’expropriation de toutes les grandes compagnies ; mais le capital fondé sur cette garantie ne sera sérieux qu’autant que l’état subira les charges nécessaires à la conservation de la garantie elle-même, paiera par exemple les propriétaires dépossédés, et continuera les lignes de fer inachevées, les exploitations en train ; toutes charges soldées, restera-t-il un excédant ? D’autres proposent différentes combinaisons pour ajouter encore à la gêne