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Page:Revue des Deux Mondes - 1848 - tome 22.djvu/293

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Cette année, les imitateurs de M. Diaz se sont singulièrement multipliés ; il est autrement facile à la médiocrité de copier suffisamment l’à-peu-près que de reproduire, même imparfaitement, une œuvre achevée. M. Millet (Jean-François) est celui des imitateurs de M. Diaz qui serre le maître de plus près. Il prodigue comme lui l’empâtement dans les ombres comme dans les clairs, mais sans le même art, et trop souvent il arrive à donner à sa peinture un aspect rebutant. Sa Captivité des Juifs à Babylone a l’air d’une ébauche de M. Diaz, mais d’une ébauche d’une criante incorrection et d’une recherche d’expression qui touche à la caricature. Le Vanneur, placé dans le grand salon, est plus original. L’indécision de la forme, le ton terreux et pulvérulent du coloris, conviennent à merveille au sujet. On peut se croire dans l’aire de la grange, quand le vanneur secoue le grain, fait voler les paillettes, et que l’atmosphère se remplit d’une poussière fine et grise à travers laquelle on entrevoit confusément les objets.

M. Haffner est un artiste vigoureux, mais d’un ordre moins relevé. Son plus grand mérite est de rester original malgré MM. Delacroix et Decamps. M. Penguilly-l’Haridon applique à la peinture de genre le coloris puissant de Marilhat et la verve railleuse et naïve de Wilkie et de M. Biard. Le combat de don Quichotte contre des moulins à vent, mais surtout son retour après le combat, sont deux morceaux excellens, dignes d’un vrai peintre et dignes de Cervantes.

Je connais peu d’artistes aussi heureusement doués que M. Chasseriau. Il a le sentiment du plus grand style ; il conçoit avec puissance et largeur ; il exécute avec verve et facilité ; au besoin même il est coloriste. S’il pèche, c’est par l’abus de ces qualités, abus parfois excessif ; c’est par une confiance absolue dans sa facilité, par un mépris trop magistral de la correction et du fini, par cette sorte de parti pris résolu, tant sur la ligne que sur le coloris, qui conduit tout droit à la manière. Son tableau du Jour du sabbat dans le quartier juif de Constantine offre la réunion la plus complète de ses qualités et de ses défauts ; mais peut-être cette fois les défauts se balancent-ils trop également avec les qualités ? Peut-être les dimensions colossales données à cette scène familière rendent-elles ces défauts trop saillans ? M. Chasseriau n’a, du reste, couvert cette immense toile et peint le portrait exposé sous le n° 841 que par forme de distraction. L’oeuvre à laquelle il consacre tous ses instans et ses plus sérieuses facultés a une tout autre importance ; nous voulons parler de la décoration du grand escalier de la cour des comptes. C’est là qu’il doit réussir, car de semblables occasions sont rares, et l’avenir d’un peintre dépend du succès.

Nous appliquerons au tableau des Fêtes d’octobre à Rome de M. Muller (Charles-Frédéric) les mêmes observations que nous venons de