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Page:Revue des Deux Mondes - 1848 - tome 22.djvu/274

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aussitôt ses préparatifs sans avertir personne, attendit la nuit et partit pour Le Mans. Lorsqu’il arriva, le bataillon du mort dont il avait pris la place se trouvait heureusement absent. Enhardi par l’assurance que nul ne pouvait découvrir la substitution, il se présenta au dépôt. Dès le lendemain, il cherchait les moyens d’arriver jusqu’aux prisonnières.

Celles-ci n’occupaient point la maison ordinairement destinée aux détenus, mais un ancien couvent dont les toits effondrés et les fenêtres brisées laissaient passer le froid, la pluie et le vent. Les Vendéens qui y avaient été entassés manquaient de tout, moins par la négligence des chefs républicains que par le défaut de ressources. La pauvreté de la nation pesait aussi lourdement sur ses défenseurs que sur ses prisonniers. La Vendée, vaincue et captive, subissait maintenant à son tour le sort qu’elle avait fait à ses vainqueurs. Ceux-ci, parqués dans la famine par l’insurrection des campagnes, n’avaient depuis long-temps pour nourriture qu’un pain noir pesé à l’once. Or, ce pain noir, partagé avec les prisonniers, commençait à manquer. Tant de jugemens exigeaient trop de lenteur ! Chose horrible à dire, on avait hâte de tuer, non par haine, mais par faim ; les cachots manquaient d’ailleurs. Depuis la déroute de Savenay, les colonnes républicaines rentraient dans les villes en chassant devant elles, comme un troupeau, ces multitudes de vaincus. Châteaux, couvens, églises, tout était devenu prison pour les recevoir, et leurs flots grossissans remplissaient tout, débordaient partout. Il fallait un moyen de faire place ; ce fut Carrier qui le trouva.

Arrivé au Mans depuis trois jours, Maurice n’avait encore pu s’assurer si les dames Boguais s’y trouvaient prisonnières. Toutes ses tentatives pour pénétrer dans le couvent où elles devaient être enfermées, étaient restées sans résultat. Un soir qu’il rejoignait tout pensif son casernement après plusieurs démarches inutiles, il rencontra un détachement et s’arrêta sous un porche pour lui laisser passage. Un groupe de curieux s’y était formé.

— Tiens ! ce sont les volontaires de Paris, dit une jeune fille dont le bonnet à la Charlotte Corday était orné d’une large cocarde tricolore.

— Encore quelque expédition contre les brigands ! ajouta le vieillard placé près de Ragueneau.

— Ah ! bien oui ! une expédition ! interrompit un jeune garçon en bonnet rouge et en carmagnole bleu-tyran ; tu ne vois donc pas qu’ils n’ont ni sac ni tambour ?

— Au fait, il a raison, s’écrièrent en même temps plusieurs voix.

— C’est le second détachement qui passe ainsi.

— Il se prépare donc quelque chose ?

— Mais oui, mais oui, dit le jeune garçon d’un air capable.

— Où cela ? demandèrent tous les assistans.

— A la prison.