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Page:Revue des Deux Mondes - 1848 - tome 22.djvu/241

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avenir très prochain. L’on retarde enfin l’heure où, après avoir liquidé leurs désastres passés, le commerce et l’industrie vont se remettre en marche.

Je sais que la misère et le crime ont leur budget qui envahit, dans les crises industrielles, si la société n’y met ordre, le terrain que perd le travail. À mesure que les uns chôment et que les ateliers se ferment, on voit augmenter d’heure en heure la population des dépôts de mendicité, des hospices et des prisons. Il y a là comme un tribut que nous devons payer, sous une forme ou sous une autre, à la gravité des circonstances. La subvention que l’on refuse ou que l’on ne peut pas donner aux ateliers est réclamée par les bureaux de bienfaisance et par la justice répressive. Il y a perte certaine pour la moralité, sans compensation aucune pour la richesse du pays. La politique et l’humanité conseillent donc au gouvernement, lorsque l’industrie souffre, de ne pas laisser les forces qu’elle employait inactives. En pareil cas, les ouvriers qui sont forcés de quitter les manufactures se réfugient dans les chantiers ouverts sur les voies de communication ; mais cet expédient est précaire, et, à quelques égards, contre nature. Les ouvriers fileurs ou tisseurs, les bijoutiers et même les forgerons font de la triste besogne quand on les appelle à remuer de la terre, pour trancher les collines ou pour former des remblais. En outre, on ne peut pas organiser ces travaux sur une grande échelle. Le gouvernement britannique l’a tenté en Irlande, où près de deux millions d’ouvriers, pendant l’hiver de 1847, étaient employés à réparer ou à construire des routes. Ces grands rassemblemens d’hommes, pour lesquels il fallait tout improviser, n’ont produit que gaspillage et désordre. Plutôt que de continuer des travaux qui n’avaient aucun résultat utile, le gouvernement anglais a préféré nourrir l’Irlande dans une complète oisiveté.

Plus la civilisation avance, et plus la puissance du gouvernement s’accroît dans la société ; plus il est puissant, et plus il doit être humain. Néanmoins, en le mettant en demeure d’embrasser dans sa prévoyance toutes les infortunes et tous les accidens de la vie, on lui décernerait une sorte d’omnipotence. La république élargit, il est vrai, la base du pouvoir, mais le pouvoir de tous est encore borné et faillible comme tout ce qui tient à l’humanité.

Quand on pose une question de droit sans indiquer la limite, sans mettre le devoir à côté, l’on pose une question de violence. Si vous dites que les ouvriers ont droit au travail et par le travail à l’existence, vous reconnaissez alors que tous ceux qui sont mécontens de leur sort peuvent prendre la société à partie ; vous les encouragez à proclamer cette devise qui a fait couler tant de sang à Lyon : « Vivre en travaillant ou mourir en combattant ; » vous relevez, suivant une parole bien imprudente de M. Louis Blanc, l’étendard de Spartacus ; vous appelez à l’insurrection, pour continuer la métaphore, les esclaves de la