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Page:Revue des Deux Mondes - 1848 - tome 22.djvu/152

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bien. Un pareil système éteindrait l’émulation, pour favoriser la paresse ainsi que l’ignorance ; et l’on ose nous y convier au nom du progrès !

En discutant les bases de l’utopie, on ne rencontre que le faux ; mais, en arrivant à la conclusion, l’on tombe à corps perdu dans le vide. La panacée que M. Louis Blanc oppose à tous les abus, et par laquelle il prétend faire cesser le règne de la misère, n’est pas autre chose que l’institution d’ateliers sociaux fondés par l’état. Voici dans quels termes l’auteur en trace le programme.


« Le gouvernement serait considéré comme le régulateur suprême de la production et investi, pour accomplir sa tâche, d’une grande force.

« Cette tâche consisterait à se servir de l’arme même de la concurrence pour faire disparaître la concurrence.

« Le gouvernement lèverait un emprunt dont le produit serait affecté à la création d’ateliers sociaux dans les branches les plus importantes de l’industrie nationale.

« Cette création exigeant une mise de fonds considérable, le nombre des ateliers originaires serait rigoureusement circonscrit ; mais, en vertu de leur organisation même, ils seraient doués d’une force d’expansion immense.

« Le gouvernement étant considéré comme le fondateur unique des ateliers sociaux, ce serait lui qui indiquerait les statuts.

« Seraient appelés à travailler dans les ateliers sociaux, jusqu’à concurrence du capital primitivement rassemblé pour l’achat des instrumens de travail, tous les ouvriers qui offriraient des garanties de moralité… Les salaires seraient égaux.

« Pour la première année, le gouvernement réglerait la hiérarchie des fonctions. Après la première année, les travailleurs ayant eu le temps de s’apprécier l’un l’autre, et tous étant également intéressés au succès, la hiérarchie sortirait du principe électif.

« On ferait tous les ans le compte du bénéfice net dont il serait fait trois parts. L’une serait répartie par portions égales entre les membres de l’association ; l’autre serait destinée : 1 ° à l’entretien des vieillards, des malades et des infirmes ; 2° à l’allégement des crises qui pèseraient sur d’autres industries, toutes les industries se devant aide et secours ; la troisième, enfin, serait consacrée à fournir des instrumens de travail à ceux qui voudraient faire partie de l’association, de telle façon qu’elle pût s’étendre indéfiniment.

« Dans chacune de ces associations formées pour les industries qui peuvent s’exercer en grand, pourraient être admis ceux qui appartiennent à des professions que leur nature même force à s’éparpiller et à se localiser, si bien que chaque atelier social pourrait se composer de professions diverses, groupées autour d’une grande industrie, parties différentes d’un même tout, obéissant aux mêmes lois et participant aux mêmes avantages.

« Chaque membre de l’atelier social aurait droit de disposer de son salaire à sa convenance ; mais l’évidente économie et l’incontestable excellence de la vie en commun ne tarderaient pas à faire naître, de l’association des travaux, la volontaire association des besoins et des plaisirs.

« Les capitalistes seraient appelés dans l’association et toucheraient l’intérêt