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Page:Revue des Deux Mondes - 1848 - tome 22.djvu/133

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De quoi se plaignent surtout les classes ouvrières` ? De la prépondérance du capital, de l’accumulation du capital dans les mêmes mains, de l’arbitraire dans la fixation du salaire, de leur état précaire dans l’enfance et la vieillesse. A tous ces maux l’organisation du travail, comme nous l’avons établi plus haut, ne serait point un remède ; car, si elle devait affaiblir l’activité humaine, le produit du travail deviendrait moindre, le capital serait diminué, et, en admettant que la fortune de chacun devînt plus égale, le sort de tous deviendrait pire.

Mais il existe heureusement bien des palliatifs aux malaises que nous reconnaissons nous-mêmes, et sous ce rapport, loin qu’il y ait disette, les moyens abondent, et on peut choisir.

Nous estimons que, par rapport à l’enfance, le gouvernement républicain donnera une réelle satisfaction aux exigences les plus légitimes l’ancien ordre de choses lui a légué des exemples qu’il suffit seulement de généraliser : de la crèche à la salle d’asile, de la salle d’asile aux écoles la progression est régulière, l’ensemble des institutions est complet.

Nous pensons de même qu’il sera facile de garantir l’avenir des travailleurs, et d’assurer du repos à leur vieillesse. Le moyen à cet égard est tout trouvé, c’est la mutualité ; on peut en étendre les bienfaits sans la rendre obligatoire ; on peut aussi d’une institution éminemment sociale faire une institution politique au plus haut degré. Que l’état centralise toutes les assurances, qu’il en reçoive les annuités, qu’il en paie les rentes, et la tranquillité publique aura pour soutiens tous les intérêts particuliers. Ce système, qui a pour base l’effort individuel et pour caution la prospérité commune, n’est-il pas mille fois plus pratique et plus fécond que la doctrine du pouvoir distributeur et de l’association forcée ?

Quant à l’âge intermédiaire, à l’âge du travail, il nous est impossible de ne pas déclarer que les obligations de l’état nous semblent infiniment moins étroites, et que la république française ne nous paraît ni devoir, ni pouvoir faire à ce sujet ce qu’il est de son éternel honneur de garantir à la vieillesse et à l’enfance. Pour nous, qui voulons une large part à la liberté, à l’activité, qui soutenons que tout bien veut être acheté par la lutte, nous ne demandons à l’état que de maintenir autant que possible la loyauté et l’égalité dans la lutte, nous n’exigeons pas de lui qu’il en donne les armes et le prix. Nous le ferions, qu’il lui serait impossible de nous satisfaire.

Quoi qu’il dise et qu’il promette, à moins d’être le seul propriétaire, l’état ne peut garantir le travail ; à moins d’être le seul maître, il ne peut l’organiser. Nous ne reviendrons pas sur ce que nous avons dit à ce sujet ; mais, pour faire comprendre à quel point cette question de l’organisation du travail est pleine de malentendus et d’erreurs, il suffit