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Page:Revue des Deux Mondes - 1848 - tome 22.djvu/124

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mettre fin à ces rénovations périodiques qui ébranlent à chaque nouvel accès la société jusque dans ses derniers fondemens. Les classes privilégiées n’ont point, en France, cet égoïsme étroit et exclusif qui fait dire : L’état, c’est moi ; elles savent compatir, et elles l’ont prouvé, aux misères que l’humanité engendre par une loi inflexible, mais fatale ; elles supporteront toutes les tentatives, toutes les expériences, non par impuissance ou par peur, mais parce qu’elles seront sollicitées, d’une part, au nom d’un sentiment fraternel, parce que, de l’autre, elles ne veulent et ne réclament pour elles que l’ordre, le respect des principes que le travail d’une civilisation de quarante siècles a proclamés, et le droit de mettre, elles aussi, au service du nouvel état qu’il s’agit de fonder, leurs bras, leurs cœurs et leurs voix.

Nous nous hasarderions à peine, à cette heure où toute prudence semble importune, d’objecter que les peuples font partie d’une grande famille, et que leurs lois d’existence dépendent inévitablement des lois qui régissent celles de leurs voisins et de leurs frères. A moins de l’entourer d’une muraille infranchissable, l’organisation industrielle et agricole de la France doit réagir puissamment au-delà de ses frontières. La question de la concurrence vient encore se placer ici, et, s’il est possible de la réglementer chez soi, il l’est peut-être moins de la réglementer partout ; or, cette question peut encore devenir question de vie ou de mort pour les peuples comme pour les individus, et, si les esprits les plus logiques ont entrevu en France l’organisation du travail sous dés lois uniformes, la répartition des richesses sociales par un pouvoir équitable, peut-être tic croient-ils pas encore au succès d’une propagande qui aurait pour but d’assujétir à la même règle l’univers tout entier.

Ces difficultés extérieures sont sérieuses et veulent peut-être qu’on y réfléchisse ; mais, au point où nous en sommes arrivés, elles ne sauraient suffire pour arrêter les esprits sur la pente rapide où ils se laissent entraîner. Hier, on les aurait exposées et on aurait passé outre, mais combien de siècles n’avons-nous pas vécu depuis hier ! Hier, la chambre des pairs faisait au Luxembourg des lois pour la France constitutionnelle, aujourd’hui la commission pour l’organisation du travail y siège au milieu de l’attente et de l’anxiété de la France républicaine. Tous les regards y sont portés comme vers le Sinaï ou le cap des Tempêtes.

Or, ce n’est pas par de semblables fins.de non-recevoir qu’on pourra repousser la doctrine dont il s’agit ; ce n’est pas en démontrant les difficultés de la réalisation, mais en prouvant qu’elle est fausse.

Et cette démonstration a été faite sans réplique, sans conteste. Prédications, expériences, tout a été essayé, tout a fait défaut. Il demeure établi par la science et par l’histoire que la concurrence est pour le travail ce que le libre arbitre est pour l’homme : ôtez à l’homme sa conscience,