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Page:Revue des Deux Mondes - 1848 - tome 22.djvu/108

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la permission de se réunir pour arrêter quelques mesures exécutoires, fût-ce même sous la présidence des employés russes, aussitôt la permission était refusée, la matière à traiter interdite comme séditieuse. Au moindre symptôme de trouble, les premiers sur lesquels on ait toujours mis la main ont été ceux qui s’étaient le plus immiscés dans ces entreprises inoffensives.

La propagande ne trouva pas tant d’obstacles à Posen ni même dans la Gallicie. Là du moins ses idées purent se traduire par des faits. Modérés et radicaux se concertèrent à Posen pour favoriser en commun les plus belles œuvres de bienfaisance et de charité. Le paysan, déjà si avantagé par le régime prussien, fut traité doucement par son seigneur, et le seigneur lui-même se chargea souvent de lui enseigner que tous les hommes naissaient égaux. On alla dans Posen jusqu’à tenter la réalisation de certaines théories économiques des socialistes de l’Occident, et le comte Cieszkowski introduisit en principe, dans la culture de ses domaines, l’admission du travailleur au partage des bénéfices. Le généreux souffle de la pensée démocratique vint aussi vivifier cette aristocratie gallicienne que les démocrates disaient pourtant incurable. La princesse Sapieha et le prince Sanguszko fondèrent, au milieu de ce pays écrasé de misère, des ateliers publics, des institutions de prêt et de crédit. Les états de Gallicie, dans leurs sessions de 1843, de 1844 et de 1845, ne cessèrent de réclamer auprès du gouvernement autrichien pour obtenir une meilleure constitution du système qui régissait chez eux la propriété. Ils avaient créé une commission qui devait étudier le problème. Le gouvernement déclara la commission suspendue jusqu’à nouvel ordre. Avant qu’elle eût commencé sa tâche, les massacreurs de Tarnow avaient eu le temps de simplifier la question.

Ce seraient, en somme et partout, de bien médiocres résultats acquis à la propagande, ce serait une chétive récompense après de bien longs efforts, si la démocratie n’avait rien enfanté de plus pour la Pologne que ces institutions incomplètes, que ces vagues pensées de patriotisme et d’humanité. Le vrai triomphe de la cause démocratique, c’est d’avoir formé des hommes. Les situations politiques, les événemens changent ; les hommes restent. L’énergie qu’ils ont amassée sans pouvoir l’appliquer dignement, parce que l’espace leur manquait, cette énergie concentrée des grands cœurs se déploie avec éclat aussitôt qu’ils ont le champ libre. La démocratie polonaise est maintenant appelée dans l’arène, elle va nous montrer ses soldats ; nous devons avoir bonne espérance, si nous jugeons de ceux qui viendront par ceux qui sont déjà venus, par ceux qui, aujourd’hui morts ou vivans, ont déjà glorifié sa bannière.

Les précurseurs de la révolution polonaise de 1830 étaient des hommes d’épée, Soltyki, Wisocki, Zawista ; c’est du glaive de la parole