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Page:Revue des Deux Mondes - 1847 - tome 17.djvu/981

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nous le retrouvons au milieu d’une troupe de saltimbanques qui lui ont confié le soin de jouer du tambour turc pendant leurs exercices. Il est là, maintenant, sombre et solennel, tambourinant à l’entrée du cirque ; mais, pendant qu’il bat la caisse, il pense que, tout humilié qu’il est par la fortune, il a été monarque absolu aux bords lointains du Niger ; il se souvient qu’il a chassé le lion et le tigre :

Son œil devient humide ; alors il bat si fort,
Que la peau du tambour se crève sous l’effort.


I.

Entouré de sombres montagnes qui semblent vouloir escalader le ciel, et bercé comme un rêve par le bruit des cascades sauvages,

Cauterets, la ville élégante, repose au fond de la vallée. Ses blanches maisons sont ornées de balcons ; de belles dames s’y accoudent le rire sur les lèvres.

Le rire sur les lèvres, elles regardent la place du marché inondée d’une foule bariolée ; au milieu, un ours et une ourse dansent au son de la musette.

C’est Atta Troll et sa femme, la noire Mumma, comme ils l’appellent, qui sont les danseurs, et les Basques ne se sentent pas de joie et d’admiration.

Raide et sérieux comme un grand d’Espagne, Atta Troll fait son avant-deux ; mais sa moitié velue manque de dignité et de réserve.

Le dirai-je ? il me semble presque qu’elle cancanne par momens, et que, par un certain mouvement de reins un peu risqué, elle rappelle la grande Chaumière.

Son vaillant conducteur, qui la tient à la chaîne, paraît même s’être aperçu de l’immoralité de sa danse.

Il lui allonge parfois quelques coups de fouet ; alors la noire Mumma hurle à faire trembler les montagnes.

Ce conducteur d’ours porte un bonnet pointu orné de six madones, qui doivent protéger sa tête des balles ennemies ou des poux.

Sur ses épaules pend, en guise de manteau, un dessus d’autel aux mille couleurs. Là-dessous sont cachés pistolets et couteau.

Il fut moine dans sa jeunesse, plus tard chef de brigands, et, pour réunir les deux professions, il finit par prendre du service sous don Carlos.

Lorsque don Carlos dut fuir avec toute sa chevalerie, et que les nobles paladins furent obligés de chercher quelque honnête métier,

(M. de Chenapanski se fit auteur) notre défenseur de la foi se fit conducteur d’ours, et s’en alla à travers le monde avec Atta Troll et Mumma ;