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Page:Revue des Deux Mondes - 1847 - tome 17.djvu/974

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bien des fois, dans les rues de Constantinople, les femmes du sérail, non pas, il est vrai, circulant à pied comme la plupart des autres femmes, mais en voiture ou à cheval, comme il convient à des dames de qualité, et parfaitement libres de tout voir et de causer avec les marchands. La liberté était plus grande encore dans le siècle dernier, où les sultanes pouvaient entrer dans les boutiques des Grecs et des Francs (les boutiques des Turcs ne sont que des étalages). Il y eut une sœur du sultan qui renouvela, dit-on, les mystères de la Tour de Nesle. Elle ordonnait qu’on lui portât des marchandises après les avoir choisies, et les malheureux jeunes gens qu’on chargeait de ces commissions disparaissaient généralement sans que personne osât parler d’eux. Tous les palais bâtis sur le Bosphore ont des salles basses sous lesquelles la mer pénètre. Des trappes recouvrent les espaces destinés aux bains de mer des femmes. On suppose que les favoris passagers de la dame prenaient ce chemin. La sultane fut simplement punie d’une réclusion perpétuelle. Les jeunes gens de Péra parlent encore avec terreur de ces mystérieuses disparitions.

Ceci nous amène à parler de la punition des femmes adultères. On croit généralement que tout mari a le droit de se faire justice et de jeter sa femme à la mer dans un sac de cuir avec un chat. Et d’abord, si ce supplice a eu lieu quelquefois, il n’a pu être ordonné que par des sultans ou des pachas assez puissans pour en prendre la responsabilité. Nous avons vu de pareilles vengeances pendant le moyen-âge chrétien. Reconnaissons que, si un homme tue sa femme surprise en flagrant délit, il est rarement puni, à moins qu’elle ne soit de grande famille ; mais c’est à peu près comme chez nous, où les juges acquittent généralement le meurtrier en pareil cas. Autrement il faut pouvoir produire quatre témoins, qui, s’ils se trompent ou accusent à faux, risquent chacun de recevoir quatre-vingts coups de fouet. Quant à la femme et à son complice, dûment convaincus du crime, ils reçoivent cent coups de fouet chacun en présence d’un certain nombre de croyans. Il faut remarquer que les esclaves mariées ne sont passibles que de cinquante coups, en vertu de cette belle pensée du législateur que les esclaves doivent être punis moitié moins que les personnes libres, l’esclavage ne leur laissant que la moitié des biens de la vie.

Tout ceci est dans le Coran ; il est vrai qu’il y a bien des choses, dans le Coran comme dans l’Évangile, que les puissans expliquent et modifient selon leur volonté. L’Évangile ne s’est pas prononcé sur l’esclavage, et, sans parler des colonies européennes, les peuples chrétiens ont des esclaves en Orient, comme les Turcs. Le bey de Tunis vient, du reste, de supprimer l’esclavage dans ses états, sans contrevenir à la loi mahométane. Cela n’est donc qu’une question de temps. Mais quel est le voyageur qui ne s’est étonné de la douceur de l’esclavage oriental ? L’esclave est presque un enfant adoptif et fait partie de la famille. Il devient souvent l’héritier du maître ; on l’affranchit presque toujours à sa mort en lui assurant des moyens de subsistance. On ne doit voir dans l’esclavage des pays musulmans qu’un moyen d’assimilation qu’une société qui a foi dans sa force tente sur les peuples barbares.

Il est impossible de méconnaître le caractère féodal et militaire du Coran. Le vrai croyant est l’homme pur et fort qui doit dominer par le courage ainsi que par la vertu ; plus libéral que le noble du moyen-âge, il fait part de ses privilèges à quiconque embrasse sa foi ; plus tolérant que l’Hébreu de la Bible, qui, non-