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Page:Revue des Deux Mondes - 1847 - tome 17.djvu/966

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jadis volontiers par les états du nord, est à la longue devenu l’objet des récriminations les plus amères ; les abolitionistes élèvent des griefs de toute sorte contre cette représentation factice des esclaves. Qu’arrivera-t-il aujourd’hui de ces récentes conquêtes, plus étendues en territoire que ne le sont les treize états primitifs de l’Union ? Les états du sud, qui les avoisinent, prétendent y importer leurs esclaves et y assurer à leurs citoyens les droits politiques dont jouissent chez eux les propriétaires de nègres. Les états du nord, qui travaillent assidûment à diminuer la part d’autorité du sud dans la fédération, soutiennent que les nouvelles annexes de la république ne doivent pas ainsi tomber sous le joug exclusif de leurs rivaux, et craignent déjà de leur voir reprendre l’ascendant qu’ils ont perdu dans le congrès. Au fond, la difficulté n’existera qu’en théorie et ne se présentera guère dans la pratique. Le riz, le sucre et le coton sont les seules productions qui paraissent exiger le travail servile ; le climat modéré de la Californie, la culture des céréales, l’industrie de la pèche, qui sont ses vraies ressources, appellent naturellement des ouvriers libres. Pour porter ainsi sur une abstraction, le débat n’en sera peut-être pas moins vif au congrès, parce qu’il restera toujours débat de prééminence. Le tarif de 1846 a élevé une barrière entre le sud et le nord ; le sud sent plus que jamais le besoin de multiplier ses représentans : il n’a qu’une voix contre trois dans la chambre basse, où le nombre des députés de chaque état est proportionnel au chiffre de la population. Au sénat seulement, où l’on vote par état, chaque état n’envoyant que deux sénateurs, quelle qu’en soit la population, le sud est toujours certain de gagner en importance à mesure que les accessions de territoire augmenteront le groupe qu’il forme dans la fédération. Si maintenant les deux grandes parties de l’Union ne savent pas trouver encore un compromis et résoudre à l’amiable la difficulté qui les met de plus belle aux prises, ce sera une lutte intestine dont on ne peut prévoir les conséquences, pour peu qu’elle se prolonge. L’Union est encore comparativement récente ; les intérêts locaux ne se sont pas assez développés pour obscurcir et cacher l’intérêt suprême de la grandeur générale ; plus elle s’étend néanmoins, plus les affinités qui en joignaient les membres deviennent fragiles. On a déjà vu dans la question du Missouri les députés du sud, réduits en minorité impuissante, menacer de quitter leur siège et de ne plus reparaître au congrès. Rien ne serait plus grave pour l’avenir des États-Unis que l’accomplissement d’une pareille résolution, et, si la conquête des provinces mexicaines devait jamais l’occasionner, les vaincus seraient bien vengés. Un député du Texas se plaignait dernièrement des mauvais procédés de la majorité du congrès et des injustices du gouvernement. Il regrettait tout haut l’annexion. On lui répondit par des éclats de rire, et un Pensylvanien s’écria « Les Texiens ne voudraient plus de l’annexion, soit ; mais qu’ils sachent bien que cet état une fois incorporé a été scellé dans nos cœurs par des crochets d’acier. » Malgré ces rires et cette éloquence pensylvanienne, nous croyons que ces sourdes dissidences pourraient bien un jour ou l’autre amener de graves complications, et ce n’est peut-être pas sans péril pour elle-même que l’Union se rapprochera de ces républiques espagnoles du midi, toujours disposées à se fractionner, à se subdiviser sans fin.

Le Mexique a, depuis long-temps, subi l’influence de cet esprit d’isolement local, d’indépendance provinciale qui ruine presque tous les états de l’Amérique