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CHRONIQUE DE LA QUINZAINE.


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28 février 1847.


Ceux pour qui la politique n’a d’attrait et d’importance que lorsqu’elle offre une succession rapide d’événemens décisifs et de coups de théâtre doivent être en ce moment assez désappointés. En raison même de la gravité des complications, certaines conséquences plus ou moins vraisemblables, plus ou moins prévues, sont lentes à éclore. C’est d’ailleurs le caractère de notre époque, de se prêter peu aux impatiences, aux fantaisies de qui que ce soit, et de faire prévaloir partout tant la force des choses que la puissance des institutions. On peut s’en convaincre par l’attitude respective des deux gouvernemens de France et d’Angleterre. Il y a entre les deux cabinets, et non pas, grace au ciel, entre les deux pays, des difficultés, des dissentimens. De part et d’autre, l’irritation est d’autant plus vive, qu’aux questions politiques est venu se mêler un incident frivole, au sujet d’une invitation à un bal : les petites choses émeuvent souvent les hommes plus que les grandes. Cependant, en dépit de tous leurs griefs, il faut que les deux cabinets de Londres et de Paris s’acceptent et se supportent. Ils ont chacun de la force, car ils ont chacun la majorité, et, par cela même, ils ne peuvent rien l’un contre l’autre. Ici, les inconvéniens qu’amène dans les relations internationales la liberté du gouvernement représentatif sont neutralisés par les principes mêmes de ce gouvernement. Chacun des deux cabinets se trouve sauvegardé par la majorité qui s’est déclarée en sa faveur, et, chose remarquable, dans l’appui que les deux ministères ont trouvé auprès des deux parlemens, il n’est entré aucune intention d’hostilité d’un pays contre l’autre. Au Palais-Bourbon pas plus qu’à la chambre des communes, on ne veut la rupture de l’alliance anglo-française ; seulement on a pensé, dans les deux enceintes, que la majorité devait moins que jamais, en de pareilles conjonctures, faire défaut au gouvernement ; ç’a été de la dignité nationale, et non pas de l’inimitié de peuple à peuple.

Après les scènes parlementaires, nous avons eu le spectacle d’un intermède qui