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hameau des Iles, à 2 kilomètres du village d’Argentière. L’Arve, barrée dans son cours par la moraine de Lavangi, formait jadis un lac dont les niveaux successifs sont encore indiqués par des terrasses horizontales qui bordent le cours du torrent.

Du haut de cette moraine latérale, un observateur attentif peut reconnaître dans la vallée l’ancienne moraine terminale de la Mer de Glace à l’époque de sa moindre extension. La forme de cette moraine est caractéristique : c’est celle d’un arc dont la concavité est tournée vers le haut de la vallée. Le village de Chamonix est bâti en partie sur cette moraine et aux dépens des blocs erratiques qui la composent. Le petit monticule situé sur la rive gauche de l’Arve, en face de l’hôtel de l’Union, en est un des points les plus saillans. En 1845, j’ai pu étudier la structure intérieure de ce monticule pendant que l’on creusait les fondemens du nouvel hôtel qui s’élève en face de celui que je viens de nommer, et j’ai trouvé qu’elle était identique à celle des moraines actuelles.

Mais, dira-t-on, où est la preuve que les blocs erratiques de la moraine de Chamonix y ont été déposés par la Mer de Glace ? N’est-il pas plus naturel de supposer qu’ils sont descendus du Brevent, dont les éboulemens continuels menacent sans cesse le village et forment le grand delta dont il occupe l’angle oriental ? La réponse est facile. Le Brevent est une montagne de gneiss, et la presque totalité des blocs de la moraine sont de la protogine, espèce de granite caractéristique qui constitue la masse du Mont-Blanc et celle des aiguilles dont il est environné.

Continuez à descendre le long de la vallée. Après avoir traversé l’Arve sur un pont de bois, vous arrivez au hameau de Montcuar, qui est entouré de toutes parts d’énormes blocs de protogine. Le terrain, au lieu d’être uni, devient inégal, et la route passe sur plusieurs digues peu élevées. Vous êtes sur une nouvelle moraine terminale correspondant à une plus grande extension de la Mer de Glace et du glacier des Bossons réunis ; c’est celle de Montcuar, dont la largeur mesurée, sur les bords de l’Arve, est de 400 mètres environ. Cette moraine se termine un peu au-delà du torrent qui vient du glacier de Taconnay. Les blocs qui la composent sont réellement gigantesques. Tous les étrangers remarquent ceux qui se trouvent dans le petit bois d’aunes qui longe le torrent. Un de ces blocs, appelé Pierre Belle, n’a pas moins de 24 mètres 7 décimètres de long sur 9 mètres de large, et au moins 12 mètres de haut. Ce n’est pas une pierre, c’est une véritable colline qui s’élève au-dessus de tous les arbres qui l’entourent. S’il conservait quelques doutes sur la nature de l’agent qui a transporté ces blocs, l’observateur qui ne craindrait pas les chemins difficiles n’aurait qu’à s’élever sur les escarpemens qui dominent la rive droite de l’Arve. Sur le rude sentier qui