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Page:Revue des Deux Mondes - 1847 - tome 17.djvu/928

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jusqu’aux plaines habitées par les hommes, où les moissons jaunissent et où la vigne mûrit ses fruits.

En Suisse, la limite inférieure des neiges perpétuelles est à 2 700 mètres au-dessus du niveau de la mer ; mais, en s’approchant des Alpes, en pénétrant dans les vallées étroites qui découpent les massifs principaux, tels que ceux du Mont-Blanc, du Mont-Rose, du Saint-Gothard et de la Jungfrau, on s’aperçoit que cette limite n’est pas une ligne droite, comme elle le paraît, quand on la considère de loin. Les champs de neiges éternelles émettent, pour ainsi dire, des rameaux qui descendent dans les vallées sous la forme de masses de glace semblables à des torrens congelés. Ces masses sont des glaciers. Leur pied est souvent à plus de 1 500 mètres au-dessous de la limite des neiges perpétuelles et avoisine quelquefois de grands villages, tels que ceux de Chamonix, de Courmayeur et de Grindelwald, dont la hauteur moyenne est de 1 120 mètres au-dessus de la mer. Toutefois il existe un grand nombre de glaciers qui ne descendent pas aussi bas et s’arrêtent sur ces pentes élevées où l’on ne trouve plus que des chalets épars, habités seulement pendant quelques mois de l’année.

Quelles sont les relations qui existent entre ces glaciers et les champs de neige auxquels ils se rattachent ? c’est la première question que nous devons examiner. La science l’a déjà résolue. En hiver, au printemps et en automne, il tombe sur les sommets des Alpes des masses de neige considérables [1]. Ces neiges, chassées par les vents, emportées par les tourbillons, s’accumulent surtout dans les grandes dépressions qui avoisinent les hautes cimes. Ces dépressions sont connues sous le nom de cirques, car elles se terminent ordinairement par une enceinte demi-circulaire, couronnée de sommets élevés. Tels sont, aux environs de Chamonix, le cirque qui s’arrête au col du Géant, le grand plateau, qui n’est qu’à 800 mètres au-dessous de la cime du Mont-Blanc ; près de Grindelwald, le cirque qui conduit à la Strahleck ; au Grimsel, ceux du Lauteraar et du Finsteraar. Les neiges qui s’accumulent dans les cirques ne restent pas immobiles ; elles sont animées d’un mouvement de progression qui les entraîne vers la vallée. Semblables à ces lacs qui alimentent une rivière, et dont les eaux commencent à couler lentement dès que l’influence de la pente se fait sentir, ces champs de neige peuvent glisser sur les terrains les plus faiblement inclinés. A mesure que cette neige descend dans les régions plus tempérées, elle subit, surtout dans la belle saison, des modifications importantes qui en changent complètement la nature et l’aspect : elle se transforme en glace. Voici comment s’opère cette transformation. À la chaleur

  1. La hauteur de la neige tombée au Grimsel à 1 880 mètres au-dessus de la mer a été de 16 mètres 6 décimètres depuis le mois de novembre 1845 jusqu’au mois d’avril 1846. La couche d’eau résultant de la fusion de cette neige aurait 1 mètre 4 décimètres d’épaisseur.