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Page:Revue des Deux Mondes - 1847 - tome 17.djvu/925

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RECHERCHES


SUR LA PERIODE GLACIAIRE


ET L'ANCIENNE EXTENSION


DES GLACIERS DU MONT-BLANC DEPUIS LES ALPES JUSQU'AU JURA.




Au mois d’août 1815, un géologue revenait d’une longue excursion sur les glaciers qui occupent le fond de la vallée de Lourtier, vallée latérale à celle qui mène au couvent du grand Saint-Bernard. Désirant se rendre le jour suivant à l’hospice par un col difficile et peu connu, il passa la nuit dans la cabane d’un chasseur de chamois, appelé Jean-Pierre Perraudin, qui devait lui servir de guide le lendemain. Assis devant le foyer où brûlaient des touffes de rhododendron, dont la fumée odorante s’échappait par le haut du toit, le géologue et le montagnard parlaient des hautes régions qu’ils avaient l’un et l’autre si souvent parcourues. Puis la conversation vint à tomber sur ces gros blocs de granite qu’on trouve souvent à une grande distance des rochers d’où ils ont été détachés. Le géologue expliquait longuement au montagnard comment les savans avaient démontré, à l’aide de profonds calculs, que ces blocs erratiques ont été transportés jadis par de grands courans d’eau. A tout cela Jean Perraudin ne pouvait répondre, mais il hochait la tête d’un air de doute et d’incrédulité. « M’est avis, dit-il enfin, que les glaciers de nos Alpes étaient jadis bien plus étendus qu’ils ne le sont actuellement. Toute notre vallée jusqu’à une grande hauteur au-dessus du torrent de la Durance a été remplie par un vaste glacier qui descendait