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Page:Revue des Deux Mondes - 1847 - tome 17.djvu/906

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catalogue de la collection de Clot-Bey. Je mentionnerai seulement, parmi les nombreux objets qui m’ont frappé, ceux qui me semblent de nature à provoquer quelque remarque intéressante. Plusieurs statuettes de la collection de Clot-Bey sont d’une rare beauté d’exécution. Elles suffiraient pour convaincre ceux qui doutent que le mot beauté puisse s’appliquer aux produits de l’art égyptien. Du reste, ils n’auraient pas besoin d’aller si loin, il leur suffirait de voir sans parti pris quelques statuettes du musée Charles X, et surtout d’admirables bronzes égyptiens rapportés par Champollion, et qui sont déposés à la Bibliothèque royale.

Il faut qu’un peuple ait à un degré assez remarquable le sentiment de l’art, pour appliquer ce sentiment aux ustensiles les moins relevés de la vie usuelle. C’est ce qui eut lieu surtout à la renaissance, quand une salière ne semblait pas au-dessous du talent de Benvenuto Cellini. De même les cuillères en bois, par exemple, que possède Clot-Bey, et dont le manche est formé par l’agencement ingénieux d’une figure humaine ; ces cuillères, ainsi que d’autres objets usuels du même genre, montrent que le besoin et le goût de l’art étaient assez éveillés chez les anciens Égyptiens pour se mêler aux détails de la vie. Aux époques où le sentiment de l’art se retire de la société, on ne voit plus rien de pareil. Aujourd’hui même, c’est assez qu’une cuillère soit bonne à prendre de la soupe ; tout au plus lui demande-t-on d’être en or ou dorée. Une foule de petits objets qu’on rassemble dans les collections sous le nom d’amulettes ont un grand intérêt à mes yeux et un intérêt pour ainsi dire philologique ; ce sont des mots, des lettres, de véritables hiéroglyphes détachés. Ceci est le signe de la vie, voilà le signe de la stabilité ; on peut, en plaçant ces figures à côté les unes des autres, écrire en caractères mobiles une phrase hiéroglyphique. On peut, ce qui est plus important, discerner clairement la véritable nature de ces objets dont l’écriture a fait des signes, et qui, sculptés, sont encore plus aisés à reconnaître que lorsqu’ils sont écrits. Remontant à l’origine de ces signes, on peut se rendre compte de leur valeur par une sorte d’étymologie figurée qui s’adresse aux yeux : car ici la forme remplace le son, et le radical de ces mots de pierre ou de porcelaine n’est pas une syllabe, mais une chose.

Tout ce qui tient à l’état des arts et métiers chez les Égyptiens est d’un grand intérêt. Les objets contenus dans les collections complètent à cet égard les représentations figurées des monumens, et peuvent servir à résoudre des problèmes dont celles-ci ne donnent pas la solution. Cette toile que je touche est-elle un tissu de coton ou de lin ? Ceci conduit à cette question : le coton était-il connu des anciens Égyptiens ? Il croissait certainement en Égypte au temps de Pline ; cet auteur le décrit de manière a ce qu’on ne puisse s’y tromper, et dit qu’on en faisait des toiles remarquables