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son sujet, amoindri par des vides énormes, chargé de superfétations qui ne comblent pas ces vides, semble encore s’effacer davantage pour se prêter mieux à la propagande d’une théorie favorite. L’Histoire des peuples bretons n’est en somme qu’une occasion d’apologie au bénéfice du système féodal ; c’est un motif plus sentimental que scientifique, sur lequel l’auteur brode, en variations assez monotones, tous ses regrets et tous ses vœux ; des peuples bretons eux-mêmes il n’en est question que par hasard, et le hasard les sert mal.

Que penser, en effet, d’une Histoire des peuples bretons dans la Gaule et dans les Iles Britanniques où il n’est point parlé des Celtes d’Écosse et des Celtes d’Irlande ? Trop exclusivement charmé d’avoir enfin découvert en 1846 la nouvelle édition des Lois galloises de 1841, M. de Courson s’imagine avoir épuisé les travaux de nos voisins sur leurs origines ; il ne songe plus au titre de son ouvrage, et le pays de Galles lui représente toute la Grande-Bretagne. Il a sans doute consulté avec quelque fruit le premier volume de l’histoire des Anglo-Saxons de Sharon Turner ; mais rien ne l’empêchait de connaître l’histoire très connue de Heron, qui lui eût toujours appris quelque chose sur les Highlanders, dont il n’a pas même prononcé le nom, et je me permets de lui recommander en outre, pour l’ornement d’une quatrième édition, quelques extraits de Pinkerton. M. de Courson s’est empressé, nous dit-il, de préparer une traduction de Philipps aussitôt qu’on lui a signalé l’existence de l’original. Les recherches de Pinkerton sur l’ancienne Écosse mériteraient bien le même honneur ; ce n’est pas l’œuvre d’un celtomane, il s’en faut, mais on y trouverait sur la population des montagnes et la distribution des clans une érudition toute faite qui n’est point à mépriser dans un appendice. Et l’Irlande, où le celtique est encore langue nationale, où, tandis qu’il s’éteint en Écosse, tous les partis ont à tâche, soit de le conserver comme un moyen de résistance, soit de l’étudier comme un moyen de conquête, l’Irlande catholique et malheureuse, M. de Courson n’en dit rien, sinon qu’elle a « le sentiment vrai de la dignité humaine. » Ce pauvre Paddy, qui tend si volontiers la main et porte sa misère comme un grand enfant, ne s’est jamais douté qu’il possédât une vertu si sublime. M. de Courson ne se doute pas davantage qu’il existe à Dublin une société d’archéologie irlandaise fondée en 1840 « pour tirer de l’oubli les monumens civils, ecclésiastiques ou littéraires qui peuvent illustrer l’histoire, les coutumes, la topographie de l’ancienne Irlande. » Il est malheureusement toujours en retard sur le mouvement de la science. C’est seulement en 1843 qu’il a entendu parler de Philipps qui date de 1827, et la révélation lui semble si neuve, qu’il croit de sa loyauté de remercier solennellement l’ami dont il la tient. Ici donc M. de Courson n’avait encore rencontré personne qui lui donnât avis de toutes ces richesses dont il se privait sans le savoir. Le