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Jusqu’en 1830, l’importation des fontes et des fers étrangers avait été libre dans ce pays, ou frappée seulement d’un droit insignifiant. Sous ce régime, la métallurgie belge prospérait, tout en livrant ses produits aux mêmes prix que l’industrie anglaise. Après 1830, une crise s’étant déclarée à la suite des événemens politiques, on crut devoir établir sur les fontes étrangères un droit d’environ 2 fr. 50 cent. les 100 kilogrammes. Qu’arriva-t-il ? Le prix des fontes s’éleva dans le pays. Dans la suite, ce droit primitif ayant été porté à 5 fr. 80 cent. les 100 kilogrammes, chiffre actuel, les prix s’élevèrent encore et à peu. près dans la même mesure, non, pas régulièrement, il est vrai, car les crises se multiplièrent sous ce régime, et les variations y furent très violentes et très brusques, mais de manière à excéder toujours sensiblement, en moyenne, les prix anglais : tant il est vrai que, sous l’empire du monopole, le consommateur n’a rien à attendre du bénéfice du temps.

Ce qu’il y a de plus extraordinaire et ce qui n’est pourtant pas moins réel, c’est que le monopole, si onéreux au pays qui le tolère, ne profite pas même à la plupart de ceux qui en jouissent. On en a vu des exemples bien remarquables, durant le cours des derniers siècles, dans toutes ces compagnies instituées par privilège, en France, en Angleterre et dans presque tous les états de l’Europe, pour exploiter le commerce de certains pays lointains compagnies des Indes orientales, du Levant, des côtes d’Afrique, de la mer du Sud, etc. Entourées par leurs gouvernemens de faveurs de toutes les sortes, armées contre les nationaux et contre les étrangers de privilèges monstrueux, on a vu ces grandes compagnies marcher invariablement à leur ruine. Quelque chose de semblable se remarque dans celles de nos industries qui sont vraiment constituées en monopole. L’agriculture, par exemple, malgré ses privilèges, est en souffrance dans toute l’étendue du pays. Les établissemens métallurgiques ne fleurissent aussi que par exception. Il y a même, par rapport à ces derniers, une observation importante à faire c’est que, depuis 1836, date de la réduction des droits sur les fers ; ils se trouvent en général dans une situation meilleure qu’auparavant ; on en trouve un plus grand nombre qui jouissent d’une prospérité réelle. En Belgique, c’est le contraire, c’est-à-dire que la même vérité s’y manifeste en sens inverse. Depuis que les droits protecteurs y sont établis, l’industrie s’y trouve dans une situation peut-être moins florissante qu’autrefois et certainement plus précaire, témoin la crise affreuse de 1839, qui a duré quatre ans et ruiné plus de la moitié des usines. Il est même permis de croire que la position incertaine et variable qu’on a faite à cette industrie se changerait en une détresse réelle et constante, si, outre le privilège dont elle jouit sur le marché belge,