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métallurgique, sans rien faire pour la relever de son abaissement ; qu’on ait pu surtout négliger à ce point, durant une paix si longue, ce groupe de Champagne, le plus considérable de tous, dans lequel on semblait même résumer l’industrie entière, et sur lequel on avait incessamment les yeux ouverts. D’où vient cela, sinon de ce que jusqu’à présent, pour les producteurs, la protection douanière a tenu lieu de tout ? Oh ! qu’il en eût été autrement si, après la paix, en 1814, on eût laissé les choses suivre leur cours. A cette époque, la fabrication du fer par la houille était encore dans son enfance en Angleterre ; du moins est-il vrai qu’il lui restait bien du chemin à faire pour arriver au point où nous la voyons aujourd’hui. Si la concurrence était demeurée libre d’un pays à l’autre, elle n’aurait pas agi dès l’abord avec une force irrésistible, et pourtant les producteurs français en auraient senti peu à peu l’aiguillon, comme il arriva de leurs voisins belges. C’est alors que de la Champagne et d’ailleurs se seraient élevées des voix puissantes, unanimes, qui auraient réclamé, à défaut d’une protection qu’on ne leur devait pas, ces voies de communication fécondes. Certes, ni le gouvernement, ni les chambres, n’auraient résisté long-temps à des réclamations si justes. Au lieu de cela, on aima mieux jeter tout d’un coup sur l’importation étrangère un brutal interdit. Ce n’était pas résoudre la question, ce n’était pas même la trancher ; c’était prononcer tout simplement un ajournement ruineux pour le pays. Par là nos maîtres de forges, ne se sentant plus ni aiguillonnés, ni pressés, s’oublièrent eux-mêmes, ou, s’ils s’occupèrent de solliciter le pouvoir, ce ne fut plus pour en obtenir l’exécution de ces travaux utiles, mais bien plutôt pour maintenir, contre les justes plaintes du pays, le monopole qu’on leur avait imprudemment concédé. Dès-lors aussi, le gouvernement, les chambres, le public, mal avertis par les intéressés les plus directs, s’endormirent dans une sécurité fatale. Voilà comment tant d’années ont été perdues et tant de millions sacrifiés sans fruit. Voilà comment, par rapport à la Champagne, la question n’est guère aujourd’hui plus avancée qu’au premier jour.

Quoi qu’il en soit, si les forges de cette contrée sont encore dans une situation relativement désavantageuse, il n’en est pas de même de la plupart des autres, et, si l’on avait fait ailleurs seulement la moitié des efforts qu’on a dû faire en Champagne pour économiser le combustible et perfectionner les méthodes de travail, on n’aurait dès à présent rien à craindre de la concurrence du dehors.


III.

Comment se fait-il maintenant que tant d’établissemens si bien situés, qui n’ont absolument rien à envier, quant à l’emploi du combustible